Les peintures symbolisent les croyances populaires

Suh Gong-im, président de l’Association de peintures folkloriques coréennes
(04 décembre 2008)

Les peintures représentant le tigre (horang-i) qui décoraient les maisons coréennes n’étaient pas seulement valorisées pour leur beauté artistique. Elles représentaient le souhait populaire de repousser les esprits maléfiques et d’implorer des bénédictions de la part des cieux. Quels que soient leurs genres, des animaux figurent souvent sur ces peintures. Celles qui sont présentées dévoilent certains des animaux décrits le plus souvent dans les anciennes peintures folkloriques, et ce que ces animaux symbolisent dans la vie spirituelle des Coréens.

horang-i

horang-i

Le tigre (horang-i) était généralement considéré comme un gardien compatissant qui protégeait les humains et même récompensait leur gentillesse. Dès lors, le tigre était en général décrit comme une créature douce et docile, plutôt que comme une bête féroce. Cela étant, la croyance sous-jacente présentait le tigre comme un animal sans peur et vaillant, qui permettrait d’éviter les infortunes, telles que le feu, l’inondation, la tempête, de même que de chasser les sortilèges maléfiques. On pensait que la peau de tigre ou les ornements faits à partir des dents du tigre possédaient des pouvoirs mystérieux. Les peintures représentant le tigre étaient apposées, le Jour de l’An, sur les portes ou en d’autres lieux aux alentours de la maison, dans l’espoir qu’elles seraient le signe annonciateur d’une année bienheureuse.

yong

yong

Le dragon (yong) était un animal imaginaire qui était supposé vivre dans les cours d’eau avant de s’envoler dans les cieux. Il était adoré comme une créature empreinte de dignité et énigmatique comparable aux empereurs et rois. Comme les dirigeants, le dragon était responsable de la protection du peuple et du pays, de même qu’il possédait le pouvoir de contrôler l’eau. Par ailleurs, le visage du roi était dénommé yong-an, l’esprit vertueux du roi yong-deok, le statut du roi yong-wi et l’habit royal yong-po. Dans la mythologie populaire, le dragon bleu représentait les puissances exorcistes, le dragon jaune ou le blanc évoquait l’autorité royale et le dragon poisson était censé posséder le pouvoir d’invoquer la pluie.

Le coq (dak) annonce l’aube et chasse les ténèbres, c’est pourquoi il figure souvent sur les peintures affichées sur les portes intermédiaires. Le coq était considéré comme ayant cinq vertus. Si sa crête symbolisait un poste élevé dans la fonction publique, ses griffes aiguisées représentaient les prouesses militaires et l’on pensait que le coq était un animal suffisamment vaillant pour ne jamais se replier au cours d’une bataille. En outre, il était suffisamment compatissant pour chanter lorsqu’il découvrait de la nourriture afin de la partager avec les autres. Il s’agissait également d’un animal sur lequel on pouvait compter en périodes difficiles. Il était ainsi considéré comme vertueux : le coq, plus précisément sutak, aurait eu le pouvoir de rendre plus aisée l’ascension de l’échelle bureautique, la poule ou amtak, étant, quant à elle, promesse de fertilité.

Le phoenix (bonghwang) était une créature légendaire hautement favorable qui était souvent associé aux personnages royaux : le roi (bong) et la reine (hwang). En tant qu’un des quatre esprits protecteurs représentant les quatre points cardinaux, le phoenix était censé résider uniquement au sommet des arbres paulownia, se nourrir de pousses de bambou et une fois ses ailes déployées, il pouvait voler pendant 90 000 li. Pour concevoir les emblèmes, les costumes ainsi que les meubles royaux, on utilisait des motifs dessinés à partir du phoenix, symbole de dignité et de bon augure. Par ailleurs, le motif de l’emblème de la Présidence coréenne est un phoenix.

Le chien (gae) est depuis longtemps un fidèle et intelligent ami de l’homme. Depuis les temps reculés, il était apprécié pour sa cordialité et sa loyauté envers les humains et l’on pensait qu’il était utile pour chasser et traquer, de même que pour garder les maisons. On pensait également que le chien était capable de protéger les hommes des esprits malfaisants, des maladies, des fantômes, ainsi que des apparitions maléfiques. Il était aussi en mesure d’avertir et de prévenir les catastrophes. De même que les tigres et les chevaux de couleur blanche étaient considérés comme des créatures sacrées, on pensait que les chiens blancs étaient indispensables pour supprimer les énergies fâcheuses ou négatives rôdant autour des maisons. Les chiens jaunes étaient souvent élevés dans les fermes pour protéger la fertilité et permettre d’avoir de riches récoltes. La belle espèce intelligente native de l’île de Jin, jindogae, est dite courageuse et loyale, et l’on pensait que le caniche originaire de Corée, nommé sapsalgae, chassait les esprits maléfiques.

Avec ses bois élégants, dirigés vers le ciel, le cerf (saseum) était conçu comme une créature sacrée capable de discerner les augustes intentions des cieux. Par conséquent, on pensait qu’il pouvait éviter les maladies et invoquer la joie et la richesse. Le cerf était aussi censé être le réceptacle d’entités immortelles et l’un des 10 symboles de la longévité. En chinois, les deux lettres qui représentent le cerf et les salaires des fonctionnaires sont toutes les deux prononcées comme lu (nok en coréen) bien qu’elles aient des formes différentes. Ainsi, le bailu (baengnok en Coréen) signifie littéralement “une centaine de cerfs” et a fini par signifier le succès et le bonheur.

La tortue (geobuik) avec sa carapace bombée et sa membrane abdominale plate symbolise l’ancienne cosmogonie coréenne selon laquelle le ciel formait un arc de cercle alors que la terre était plate. C’est pourquoi, on pensait que la tortue était un animal sacré lié aux cieux et à l’homme, de même qu’un symbole de longévité, de joie, de stabilité et de force. Une stèle en pierre érigée sur une carapace de tortue matérialise l’espoir que cela durera toujours.

girin

girin

Une licorne imaginaire appelée girin représente la compassion et la miséricorde. Son apparition était censée présager la venue d’un roi sage. Les anciens Coréens appelaient un jeune homme doté d’une habilité et d’une dignité importante un girin-a, ce qui signifie un enfant prodige.

On pensait que la créature légendaire crachant du feu, haetae, était la gardienne de la justice frappant, de sa puissance corne, quiconque se serait montré injuste ou indécent. En raison de sa nature, puisque la créature crache le feu, le haetae représentait l’eau et cette créature était souvent peinte sur les murs des cuisines. En Chine, un animal légendaire similaire était connu sous le nom de xiezhi, ou haechi en Coréen.

* Article courtoisement cédé par l’Administration du Patrimoine culturel, le Patrimoine coréen

21 irréductibles

Raphaël Sorin

“Raphaël Sorin nous offre vingt et un entretiens avec des écrivains dont il a croisé le chemin, vingt et un « irréductibles » qui se nomment Marc Bernard, Henri Pollès, Henri Thomas, André Fraigneau, Louis Calaferte, Marcel Mariën, Béatrice Appia (sur Eugène Dabit), Edmond Jabès, Georges Schehadé, Georges Simenon, Michel Ohl, Julien Green, Gérard Macé, Roland Dumas (sur Roger Gilbert-Lecomte), Ghérasim Luca, Jean Hugo, Christian Guillet, Bernard Frank, André Pieyre de Mandiargues, Yves Martin et Elias Canetti.
Une douzaine photos ou fac-similés illustrent l’ouvrage.”
Critique et éditeur depuis plus de quarante ans, Raphaël Sorin est aujourd’hui conseiller littéraire chez Libella.
(éditions Finitudes, 16 euros)

A découvrir aussi, le premier volume Produits d’entretiens :

“Trente ans d’édition et de journalisme littéraire, cela représente quelques rencontres, quelques interviews d’écrivains, quelques portraits complaisants ou assassins. En trente ans Raphaël Sorin a aussi appris combien il fallait être vigilant avec cette postérité à la mémoire si courte. “Pour mémoire” il a choisi de publier ses entretiens et ses portraits de quelques auteurs qu’il faudrait penser à ne pas oublier : Pierre Bettencourt, Louis Scutenaire, Henri Calet, Jean Forton, Jean-Pierre Enard, Norge, quelques membres du Grand Jeu (Ribemont-Dessaignes, Sima, Minet, Harfaux), Bounoure, etc.
En nous parlant de ses auteurs, de sa bibliothèque, Raphaël Sorin nous parle aussi de lui, de son enfance, de son parcours, de ses amitiés ; il le fait avec autant d’humour que de sensibilité.”

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