La femme coréenne

… soumise ou insoumise ?
Martine Prost, maître de conférence, Université Paris-Diderot
Koreana, WINTER 2007 Vol.8 No.4

Chaque grande aire géo-culturelle se définit globalement par un mode d’organisation sociale qui reflète un certain nombre de valeurs la démarquant des autres aires culturelles. De la mise en regard de ces diverses cultures naissent des stéréotypes. Ceux-ci ont, par nature, tendance à stigmatiser une réalité autrement plus complexe. Complexe parce que plurielle et en perpétuelle mutation. Certains stéréotypes sont bien ancrés, en particulier ceux qui ont rapport aux femmes. La femme asiatique, par exemple, est perçue en Occident comme « réservée et soumise ». Cette généralisation renferme sans doute une part de vérité si on se place dans un cadre comparatif Orient versus Occident. Mais il suffit de pénétrer dans l’espace Asie et considérer les sous-ensembles possibles pour voir se dessiner des différences d’appréciation. Arrêtons-nous sur l’image de la femme coréenne. Soumise ou insoumise, où la situer ?

Les femmes dans la Corée ancienne

On aurait tendance à penser que plus on remonte loin dans l’histoire de la Corée, plus on a de chances d’y découvrir une femme coréenne soumise. Un regard sur l’histoire de la Corée nous révèle des différences dans le degré de soumission de la femme en fonction des époques. Pendant la période des trois royaumes (samguksidae[1], 1er avant J.C.-7e siècle après J.C.) ou de Silla (du 7e au 10e siècle), on accordait une plus grande reconnaissance à la femme que sous la dynastie Chos˘on (1392-1910). L’accès au trône, par exemple, n’était pas le privilège exclusif des hommes. Le royaume Silla eut ainsi trois monarques femmes : So˘ndo˘k (règne 632-646), Chindo˘k (règne 647-653) et Jinso˘ng (règne 888-897). La reine So˘ndo˘k fait partie des grands noms de l’histoire de ce royaume. Le samguksagi (Chroniques des trois royaumes) fait état de son influence et de son goût pour les sciences. C’est sous son règne, en 646, que fut érigé à Kyu˘ngju, capitale du royaume Silla, le premier grand observatoire astrologique d’Asie. D’autres signes d’une certaine égalité de traitement existaient à cette époque : les femmes pouvaient se remarier (chaega) ; elles payaient des taxes tout comme les hommes. De même, à l’époque Koryo˘ (918-1392), la femme bénéficiait de droits qu’elle perdra ensuite comme le droit de succession (sangsokkwon) qui l’autorisait à hériter au même titre que ses frères de sang.

Le fait est que le bouddhisme, alors religion d’état, acceptait une plus grande souplesse de mœurs que ne le fit à partir du 14e siècle le confucianisme. L’arrivée au pouvoir, en 1392, de Yi So˘ng Kye, fondateur de la dynastie Chos˘on des Yi, va sonner la fin des privilèges accordés jusqu’ici aux femmes. Très vite, les lettrés néo-confucéens les confineront à l’intérieur des maisons et leur imposeront, au dehors, le port d’un vêtement cachant leur visage. Les femmes des classes supérieures se verront contraintes à se déplacer dans des palanquins, hors du regard du commun des mortels. Ils feront de la femme un individu soumis. L’expression « namchonyo˘bi »[2] qui décrit le statut de l’homme par rapport à la femme est limpide. Elle pose sans ambages la supériorité du sexe masculin sur le sexe féminin. On peut la traduire de manière euphémique par « prédominance de l’homme sur la femme ». Elle décrit un état de faits qui s’est imposé à partir du 15e siècle avec l’adoption du néo-confucianisme comme religion d’état et l’affirmation officielle et légiste de l’autorité mâle sur la gent féminine. Et, si le confucianisme tel que conçu en Chine par Confucius cinq siècles avant notre ère avait pour visée d’établir une harmonie à tous les niveaux de la société en développant le sens individuel du ren (mot chinois pour « bienveillance ») et en codifiant les rapports humains, l’utilisation faite par la classe des « yangban »[3] des préceptes d’éthique sociale néo-confucéenne fit basculer la relation de complémentarité homme-femme vers une relation de dépendance. Entre le 16e et le 20e siècle, la femme coréenne se trouva ainsi sous la dépendance inconditionnelle non uniquement de son mari, mais de plusieurs maîtres : elle dépendait de son père dans un premier temps, de son mari ensuite, puis de son fils aîné. Et quand bien même le premier fils venait à disparaître, il se trouvait toujours un second fils ou un oncle pour le remplacer dans le rôle de chef de famille. Ainsi, elle vivait soumise depuis sa naissance jusqu’à sa mort. On appelle cela samjongjiui, « position de triple tutelle ». À cette soumission d’ordre statutaire et moral, s’ajoute la réclusion. Dans le milieu conjugal, la jeune femme se trouve recluse à l’intérieur de la maison. Elle devient ansaram (« personne de l’intérieur »). Il ne faudrait pas penser, pour autant, que toutes les femmes étaient physiquement prisonnières. Comme l’explique Martina Deuchler dans son ouvrage View from the inner room, toutes ne pouvaient pas être condamnées à vivre derrière des murs. Il y avait les exceptions. Pas seulement celle des femmes chamanes et des courtisanes qui jouissaient d’une grande liberté de comportement, mais aussi celle de toutes les femmes des milieux populaires pour lesquelles les règles excessivement strictes de la vie confucéenne étaient tout simplement inapplicables et donc inappliquées. Prenons l’exemple concret de l’obligation d’isolement imposée à la femme sous la dynastie Chos˘on. Pour garantir son application, il fallait que les habitations permettent une division de l’espace en deux parties distinctes, celle des hommes et des femmes. Cela n’était réalisable que dans les milieux aisés. Dans les campagnes où les femmes participaient aux travaux agricoles, le principe confucéen de séparation des sexes posait problème. Il en va de même pour le milieu des marchands où les femmes étaient « dehors » pour s’occuper des commerces avec leurs maris.

Il est un autre droit que les hommes se gardaient bien de partager, le droit à l’érudition. Mais là encore, il semble qu’il y ait eu un décalage entre théorie et pratique et que les femmes des classes supérieures soient parvenues à aménager la réalité de manière à ne pas complètement tomber dans l’illettrisme. Certes, elles ne pouvaient pas, à l’instar des hommes, fréquenter les écoles publiques ni privées mais elles s’éduquaient par elles-mêmes. L’expression okkeno˘mo˘ro (« par-dessus l’épaule ») fait référence à un mode d’instruction que les femmes s’octroyaient en secret en épiant les hommes. Elles le faisaient parce qu’elles étaient conscientes de l’importance de l’éducation pour asseoir leur autorité et participer à la réussite sociale de leur famille. À cette éducation « à la sauvette », s’ajoute celle qui existait de fait dans la haute noblesse. À ce niveau élevé de la société, savoir broder, peindre et réciter de la poésie ne suffisait pas. Outre ces trois arts féminins par excellence, les jeunes filles étudiaient les grands classiques chinois et bénéficiaient du savoir intellectuel des hommes de la famille. Plus elles montraient de facilités pour l’étude, plus elles pouvaient espérer recevoir une éducation poussée. Celle-ci était souvent complétée par celle que dispensait de surcroît la mère. Sinsaimdang (1504-1551) en est l’exemple parfait. Formée par son père et ayant acquis une grande érudition, elle s’adonna à l’étude de l’art, devint peintre-calligraphe et s’occupa d’éduquer elle-même son fils. Elle en fit un grand lettré, le plus grand néo-confucéen qu’ait connu la Corée, Yi I (1536-1584, alias Yul-gok).

Un autre grand nom est Ho˘ Nanso˘lho˘n (1563-1589). Sœur de Ho˘ Kyun (1569-1618)[4] et épouse d’un homme qui passait le plus clair de son temps à boire en compagnie de courtisanes, Nanso˘lho˘n est connue pour ses talents littéraires. Nombre de ses poèmes relatent sa souffrance de femme solitaire et opprimée. Cette écrivain symbolise le genre même des femmes lettrées qui, du fait de leur intelligence, ont souffert de la rigidité d’un système confucéen leur interdisant d’être trop talentueuses. Nanso˘lho˘n aurait dit regretter de ne pas être née homme. Peut-être a-t-elle rêvé en secret d’être kisaeng (« courtisane ») ? Puisque les seules femmes qui pouvaient se permettre une grande liberté avec les hommes (soutenir leur regard, les contredire sur un vers de poésie ou l’interprétation d’une citation) étaient justement les kisaeng. Et encore pas toutes ! Seules celles qui faisaient partie des courtisanes de première catégorie. La célèbre Hwang Jin-hee (1506-1544) ne peut pas ne pas être citée ici. Son talent de poétesse est tel qu’un des sijo (poème court) qui lui sont attribués a été considéré comme ayant pu être écrit par le roi So˘ngjong (1457-1494). Comme l’a écrit Mac Cann dans Le monde traditionnel des kisaeng[5], le fait que le talent littéraire de Hwang Jin-hee puisse égaler celui d’un roi montre qu’une courtisane pouvait atteindre le sommet de la renommée. Elle pouvait être à la fois au ban de la société sur le plan de son statut social et au plus haut de la pyramide sur le plan de la considération. Ni épouse, ni mère, elle était une sorte de « non-femme », une catégorie à part entre démon et dieu.

On se doit donc d’être prudent et de comprendre que, si le confucianisme a eu ses règles, leur application ne fut pas uniforme. Il n’est pas question ici de nier l’influence de la doctrine néo-confucéenne sur la société coréenne. Son impact a été considérable. Aucun doute que les femmes furent soumises dans leur vie de tous les jours à un traitement sévère qui les limitait dans leurs actions et l’expression de leur personnalité. Avoir une « personnalité » était de toutes les façons inconce-vable. La femme n’avait pas à « être elle ». Elle devait suivre le programme tout tracé de « jeune fille chaste, femme dévouée et mère attentive ».

La femme coréenne aujourd’hui

Pour remplir ce triple objectif, rien n’était laissé au hasard. Chaque comportement était codifié : comment se tenir devant son beau-père, sa belle-mère, un ami aîné de son mari, la femme d’un professeur proche de la famille et plus âgé que le mari, le fils de la maison voisine, etc. Une longue liste à respecter sans broncher. On est donc obligé d’admettre que la femme avait peu de liberté et beaucoup de devoirs. Qu’en est-il de nos jours ? La démocratisation de la Corée lui a-t-elle permis d’échapper à ce qui fut son implacable destin jusqu’au milieu du 20e siècle ? Soumission ? Insoumission ? Où la situer maintenant ?

Les risques de malentendus

Bon nombre d’Occidentaux croient voir une grande docilité dans le comportement des femmes coréennes. Attrait immédiat ! Ceci étant, il n’est pas un homme français qui, ayant « pratiqué » une compagne coréenne au quotidien, ne vous confie qu’il faut se méfier des apparences et que derrière des attitudes de poussin câlin se cache souvent un tigre prêt à bondir. Une des clés pour expliquer ce décalage entre décor et envers du décor est à trouver dans les variations comportementales induites par la distinction entre sphère publique et sphère privée.

Ce que ne savent pas toujours ces Occidentaux est que la femme coréenne a un devoir de réserve dans la sphère publique. Elle n’est pas censée contredire qui que ce soit en public et certainement pas son mari. Une femme qui s’exprime trop ne s’attire pas l’admiration des hommes. Ceux-ci ne jugeront jamais une femme discrète comme manquant de personnalité. Bien au contraire, ils verront dans l’effacement qu’elle adopte une marque d’intelligence. Les femmes trop directes ne font pas peur aux hommes coréens. Ce qu’ils leur reprochent, c’est de manquer d’éducation, de laisser paraître dans la sphère publique des attitudes qui relèvent de la sphère intime.

En compensation de sa bonne conduite à l’extérieur, la femme coréenne bénéficie d’un grand pouvoir à l’intérieur du cercle familial. Il n’est pas apparent à l’œil nu mais réel. Pas l’ombre d’un doute : au foyer, la femme est toute puissante. Elle gère seule les affaires familiales. En France, les femmes doivent composer avec leurs conjoints. En Corée du Sud, l’achat du logement où la famille vivra, le choix de l’école où seront scolarisés les enfants, l’épargne qui sera réalisée chaque mois, le voyage en Europe prévu dans un an ou deux, l’accueil à la maison d’un neveu venu étudier à Séoul, autant de décisions prises par la femme sans nécessité d’en référer à l’homme. La maîtresse de maison fait comme elle l’entend (araso˘ handa) et un mari « intelligent » ne s’oppose pas à ses choix, même s’il lui arrive de les discuter. Dans la sphère privée, les rôles sont donc inversés : de femme soumise, la femme devient femme leader. Sauf quand elle se trouve « piégée » par un conjoint buveur ou violent. Nous aborderons la question des relations conjugales plus paisiblement à partir de deux exemples concrets de la vie courante.

Premier exemple : une femme coréenne servant une boisson à son mari ne lui demandera pas ce qu’il veut boire. Elle lui servira d’office ce qu’elle veut en fonction de la saison et de la santé de son mari. Comme la société est plus homogène que chez nous et les goûts moins individualisés, pas de problème. Sous un aspect d’autoritarisme, on découvre une réelle connaissance de l’autre, de ses besoins. À quoi s’ajoute une acceptation des choses. Le mari aurait peut-être préféré un café. Pas grave ! Il acceptera un thé au ginseng ou aux agrumes, sachant qu’une raison cachée explique ce choix.

Second exemple : une femme interrogée par son mari sur ce qu’elle a fait dans l’après-midi n’est pas obligée de lui répondre. Un simple « ku˘gnyang » (rien de spécial) ou « pappasso˘ » (j’ai été occupée) ou « Cho˘gi kassta wasso˘yo » (je suis allée quelque part), fera l’affaire. Ne pas donner d’explication précise n’aura pas d’incidence particulière, vu que cela fait partie des droits de la femme coréenne d’orga-niser sa vie privée comme elle l’entend. La seule restriction est que ce qu’elle fait ne porte pas préjudice à son mari. Or, il n’y a que deux choses qui puissent lui porter préjudice : qu’elle soit vue en compagnie d’un autre homme ou qu’elle ne s’occupe pas de ses enfants. Ces deux règles respectées, tout est permis. Passer la journée au sauna, jouer au tennis ou golf, sortir avec des amies, faire une longue sieste … Vues sous cet angle, les femmes jouissent d’une grande liberté et en profitent.

Un mot maintenant sur les relations homme-femme en dehors de la cellule familiale. Nous avons tendance à nous étonner de voir que bien souvent les deux sexes font bande à part. Certains comportements restent culturellement ancrés. De tradition, dans une réunion, une soirée ou à une table de restaurant, les femmes se regroupent entre elles. On peut juger cela démodé. La vraie question n’est pas là. Quels avantages les femmes retirent-t-elles d’évoluer dans un milieu féminin ? En Corée, être entre femmes n’est pas synonyme d’ennui ou de manque. Les Coréennes peuvent se passer des hommes. Les femmes voyagent entre elles, bien trop contentes de ne pas avoir leurs maris, ce qui les obligerait à «utiliser leurs nerfs » (singyo˘ng ssûge twoenda). Certains diront que tout cela est dépassé et que les jeunes agissent en toute liberté quel que soit le contexte. Pourtant, quand on demande aux jeunes femmes si elles parviennent à faire abstraction du sexe de la personne qu’elles ont en face d’elles, la réponse est non. En Corée, on appartient d’abord à un genre sexué, homme ou femme, et en second lieu au genre humain. En Occident aussi, mais une femme jouera plus facilement sur sa double, voire triple, « appartenance psychosociologique » : elle sera femme à certains moments, homme à d’autres et asexuée quand cette distinction catégorielle n’apporte rien.

Un autre facteur de malentendu existe. La frustration de nombre d’épouses coréennes ne provient pas tant des maris que des belles-mères. Au 21e siècle, une épouse n’est plus tellement soumise à son mari. En revanche, elle reste à la merci de sa belle-mère. Malgré leur récente perte de pouvoir, les belles-mères continuent à jouer un rôle interventionniste souvent pesant. Il en résulte que, dans ce système, la femme mariée n’a pour soutien possible que celui de sa propre mère qui va jouer un rôle régulateur : elle va opposer à l’autorité de la belle-mère, la souplesse de la « vraie » mère, tendre et complaisante, qui va continuer à choyer son enfant même après le mariage par compassion pour ce qu’elle vit et qu’elle a elle-même connu. Il est frappant de voir à quel point une mère continue à dorloter sa fille une fois même mariée. Si sa fille vit outre-mer et qu’elle lui rend visite, il n’est pas impossible qu’elle quitte le pays sans avoir fait de tourisme, impliquée qu’elle se sent dans la nécessité d’alléger la tâche quotidienne de son enfant et dans le plaisir de pouvoir réexercer ses talents de mère, rôle qu’elle a toute une vie assumé.

Vu de notre bord, il semblerait que tout en revendiquant leur indépendance, les Coréennes font peu pour assumer seules leur vie et leur liberté. Certaines refusent de se marier mais restent très dépendantes de leur milieu familial propre. En fait, le concept de liberté individuelle est récent. La société coréenne est fondamentalement communautaire et vivre indépendamment du groupe est contre nature. Voyez la frustration des femmes coréennes qui ont choisi la voie de l’indépendance et le mal psychologique qu’elles ont souvent à assumer ce choix jusqu’au bout ! Les femmes intellectuelles coréennes qui vivent selon leurs convictions encourent le risque de souffrir de solitude et d’un manque de reconnaissance. Elles peuvent réussir socialement aussi bien que les hommes mais elles restent considérées comme des femmes à part. Dans les faits, la femme coréenne est libre aujourd’hui. Dans les mentalités, cela est moins certain. Elle peut se ma-rier ou ne pas se marier. Elle peut décider de divorcer et beaucoup le font. Elle peut choisir de travailler ou non, même si le plus fréquent est d’avoir une activité professionnelle à la fois par besoin de réalisation personnelle et par nécessité financière. Il n’en reste pas moins que la question de l’égalité des sexes, vue sous l’angle de la psychologie sociale et du ressenti humain, reste ouverte.

Conclusion

Saisir ce qu’est la femme coréenne n’est pas une simple affaire. Nous avons tenté de montrer que la femme en Corée est prise entre deux impératifs, celui de se conformer au modèle féminin hérité du confucianisme où sa mission lui est dictée et celui de s’affirmer en tant qu’individu indépendant où elle se trouve alors seule face à elle-même. Elle est donc confrontée au dilemme que constitue l’obligation d’être ce que l’on veut qu’elle soit et le désir d’être ce qu’elle veut être. Elle se débat entre le devoir de réserve et le besoin d’affirmation. Si elle adopte la première voie, celle de la soumission aux traditions, elle souffrira du mal de ne pas pouvoir être elle-même, si elle adopte la deuxième, celle de la revendication de ses convictions, elle souffrira du mal de ne pas être comme les autres. Car la Corée a beau s’être occidentalisée, les li-bertés ont beau être plus grandes, la société coréenne reste une société où se distinguer n’est pas la norme et où dénigrer les hommes peut coûter cher. La femme n’est donc pas libre d’être libre. Avec intelligence, elle s’est aménagée un espace à elle à l’intérieur des contraintes imposées par le système, mais il faudra encore un peu de temps avant que les hommes la reconnaissent officiellement comme leur égale. Officieusement, c’est gagné : les nouvelles générations ne croient plus à l’utilité du principe confucéen si sacré de namchonyôbi. Elles sont passées au niveau supérieur : yôchonnambi !

2 Réponses à La femme coréenne

  1. Excellent article. La femme coréenne reste une énigme pour bons nombres d’Occidentaux.

    Je tente par (intérêt personnel) une recherche sur le net et dans divers documents pour comprendre la position de la coréenne et des autres femmes dans le monde.
    Je n’ai jamais sentie “la soumission” chez elle mais plutôt une certaine résolution à ne pas faire de vagues.

    Je constate encore cela chez la femme méditerranéenne qui est connue pour ne pas avoir sa langue dans sa poche mais qui finalement fait tout ce que l’homme attend d’elle (son devoir de maitresse de maison, l’éducation des enfants…) malgré une (soi-disante) liberté de l’Occident.

    La servitude mentale des femmes (en Occident) est diffuse, latente et encore bien présente, loin d’être de l’histoire ancienne.
    Trop de préjugés sur la liberté occidentale et la soumission orientale qui nous offre l’occasion de fermer les yeux sur la condition des femmes.
    L’évolution de cette dernière est encore un l’heur notamment en France ou je vois de plus en plus de femmes adoptant le voile.
    Soit la femme a peur du changement, soit elle souhaite s’affirmer de façon plus subtile.

    Je pense qu’il va falloir encore du temps avant que la femme trouve sa place dans la société au côté de l’homme.

    Geraldine

  2. hiba dit :

    l’article me plait beaucoup, j’y ai beaucoup appris , j’espère apprendre encore , sur cette société qui me fascine

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