Culture coréenne

Culture et arts

La Corée, située dans une péninsule, a développé une nature contradictoire du fait de cette particularité topographique. Les influences océaniques et continentales se sont combinées pour établir les bases identitaires du peuple coréen, tout en déterminant depuis les origines les orientations culturelles et artistiques du pays.

Etre une péninsule implique un environnement culturel reposant sur une double caractéristique, à la fois périphérique et centralisatrice. Les aspects périphériques relèvent des cultures continentales proches qui pénètrent le pays, alors que les facteurs centralisateurs résultent de l’évolution interne et de la transformation de ces cultures périphériques, lesquelles sont restructurées de manière à renforcer la constitution du centre.

Cette influence géographique a développé chez le peuple coréen un caractère à la fois pacifique et dynamique, lequel a donné naissance à une culture contemplative tout autant que vibrante, optimiste mais aussi sentimentale.

La femme coréenne

… soumise ou insoumise ?
Martine Prost, maître de conférence, Université Paris-Diderot
Koreana, WINTER 2007 Vol.8 No.4

Chaque grande aire géo-culturelle se définit globalement par un mode d’organisation sociale qui reflète un certain nombre de valeurs la démarquant des autres aires culturelles. De la mise en regard de ces diverses cultures naissent des stéréotypes. Ceux-ci ont, par nature, tendance à stigmatiser une réalité autrement plus complexe. Complexe parce que plurielle et en perpétuelle mutation. Certains stéréotypes sont bien ancrés, en particulier ceux qui ont rapport aux femmes. La femme asiatique, par exemple, est perçue en Occident comme « réservée et soumise ». Cette généralisation renferme sans doute une part de vérité si on se place dans un cadre comparatif Orient versus Occident. Mais il suffit de pénétrer dans l’espace Asie et considérer les sous-ensembles possibles pour voir se dessiner des différences d’appréciation. Arrêtons-nous sur l’image de la femme coréenne. Soumise ou insoumise, où la situer ?

Les femmes dans la Corée ancienne

On aurait tendance à penser que plus on remonte loin dans l’histoire de la Corée, plus on a de chances d’y découvrir une femme coréenne soumise. Un regard sur l’histoire de la Corée nous révèle des différences dans le degré de soumission de la femme en fonction des époques. Pendant la période des trois royaumes (samguksidae[1], 1er avant J.C.-7e siècle après J.C.) ou de Silla (du 7e au 10e siècle), on accordait une plus grande reconnaissance à la femme que sous la dynastie Chos˘on (1392-1910). L’accès au trône, par exemple, n’était pas le privilège exclusif des hommes. Le royaume Silla eut ainsi trois monarques femmes : So˘ndo˘k (règne 632-646), Chindo˘k (règne 647-653) et Jinso˘ng (règne 888-897). La reine So˘ndo˘k fait partie des grands noms de l’histoire de ce royaume. Le samguksagi (Chroniques des trois royaumes) fait état de son influence et de son goût pour les sciences. C’est sous son règne, en 646, que fut érigé à Kyu˘ngju, capitale du royaume Silla, le premier grand observatoire astrologique d’Asie. D’autres signes d’une certaine égalité de traitement existaient à cette époque : les femmes pouvaient se remarier (chaega) ; elles payaient des taxes tout comme les hommes. De même, à l’époque Koryo˘ (918-1392), la femme bénéficiait de droits qu’elle perdra ensuite comme le droit de succession (sangsokkwon) qui l’autorisait à hériter au même titre que ses frères de sang.

Le fait est que le bouddhisme, alors religion d’état, acceptait une plus grande souplesse de mœurs que ne le fit à partir du 14e siècle le confucianisme. L’arrivée au pouvoir, en 1392, de Yi So˘ng Kye, fondateur de la dynastie Chos˘on des Yi, va sonner la fin des privilèges accordés jusqu’ici aux femmes. Très vite, les lettrés néo-confucéens les confineront à l’intérieur des maisons et leur imposeront, au dehors, le port d’un vêtement cachant leur visage. Les femmes des classes supérieures se verront contraintes à se déplacer dans des palanquins, hors du regard du commun des mortels. Ils feront de la femme un individu soumis. L’expression « namchonyo˘bi »[2] qui décrit le statut de l’homme par rapport à la femme est limpide. Elle pose sans ambages la supériorité du sexe masculin sur le sexe féminin. On peut la traduire de manière euphémique par « prédominance de l’homme sur la femme ». Elle décrit un état de faits qui s’est imposé à partir du 15e siècle avec l’adoption du néo-confucianisme comme religion d’état et l’affirmation officielle et légiste de l’autorité mâle sur la gent féminine. Et, si le confucianisme tel que conçu en Chine par Confucius cinq siècles avant notre ère avait pour visée d’établir une harmonie à tous les niveaux de la société en développant le sens individuel du ren (mot chinois pour « bienveillance ») et en codifiant les rapports humains, l’utilisation faite par la classe des « yangban »[3] des préceptes d’éthique sociale néo-confucéenne fit basculer la relation de complémentarité homme-femme vers une relation de dépendance. Entre le 16e et le 20e siècle, la femme coréenne se trouva ainsi sous la dépendance inconditionnelle non uniquement de son mari, mais de plusieurs maîtres : elle dépendait de son père dans un premier temps, de son mari ensuite, puis de son fils aîné. Et quand bien même le premier fils venait à disparaître, il se trouvait toujours un second fils ou un oncle pour le remplacer dans le rôle de chef de famille. Ainsi, elle vivait soumise depuis sa naissance jusqu’à sa mort. On appelle cela samjongjiui, « position de triple tutelle ». À cette soumission d’ordre statutaire et moral, s’ajoute la réclusion. Dans le milieu conjugal, la jeune femme se trouve recluse à l’intérieur de la maison. Elle devient ansaram (« personne de l’intérieur »). Il ne faudrait pas penser, pour autant, que toutes les femmes étaient physiquement prisonnières. Comme l’explique Martina Deuchler dans son ouvrage View from the inner room, toutes ne pouvaient pas être condamnées à vivre derrière des murs. Il y avait les exceptions. Pas seulement celle des femmes chamanes et des courtisanes qui jouissaient d’une grande liberté de comportement, mais aussi celle de toutes les femmes des milieux populaires pour lesquelles les règles excessivement strictes de la vie confucéenne étaient tout simplement inapplicables et donc inappliquées. Prenons l’exemple concret de l’obligation d’isolement imposée à la femme sous la dynastie Chos˘on. Pour garantir son application, il fallait que les habitations permettent une division de l’espace en deux parties distinctes, celle des hommes et des femmes. Cela n’était réalisable que dans les milieux aisés. Dans les campagnes où les femmes participaient aux travaux agricoles, le principe confucéen de séparation des sexes posait problème. Il en va de même pour le milieu des marchands où les femmes étaient « dehors » pour s’occuper des commerces avec leurs maris.

Il est un autre droit que les hommes se gardaient bien de partager, le droit à l’érudition. Mais là encore, il semble qu’il y ait eu un décalage entre théorie et pratique et que les femmes des classes supérieures soient parvenues à aménager la réalité de manière à ne pas complètement tomber dans l’illettrisme. Certes, elles ne pouvaient pas, à l’instar des hommes, fréquenter les écoles publiques ni privées mais elles s’éduquaient par elles-mêmes. L’expression okkeno˘mo˘ro (« par-dessus l’épaule ») fait référence à un mode d’instruction que les femmes s’octroyaient en secret en épiant les hommes. Elles le faisaient parce qu’elles étaient conscientes de l’importance de l’éducation pour asseoir leur autorité et participer à la réussite sociale de leur famille. À cette éducation « à la sauvette », s’ajoute celle qui existait de fait dans la haute noblesse. À ce niveau élevé de la société, savoir broder, peindre et réciter de la poésie ne suffisait pas. Outre ces trois arts féminins par excellence, les jeunes filles étudiaient les grands classiques chinois et bénéficiaient du savoir intellectuel des hommes de la famille. Plus elles montraient de facilités pour l’étude, plus elles pouvaient espérer recevoir une éducation poussée. Celle-ci était souvent complétée par celle que dispensait de surcroît la mère. Sinsaimdang (1504-1551) en est l’exemple parfait. Formée par son père et ayant acquis une grande érudition, elle s’adonna à l’étude de l’art, devint peintre-calligraphe et s’occupa d’éduquer elle-même son fils. Elle en fit un grand lettré, le plus grand néo-confucéen qu’ait connu la Corée, Yi I (1536-1584, alias Yul-gok).

Un autre grand nom est Ho˘ Nanso˘lho˘n (1563-1589). Sœur de Ho˘ Kyun (1569-1618)[4] et épouse d’un homme qui passait le plus clair de son temps à boire en compagnie de courtisanes, Nanso˘lho˘n est connue pour ses talents littéraires. Nombre de ses poèmes relatent sa souffrance de femme solitaire et opprimée. Cette écrivain symbolise le genre même des femmes lettrées qui, du fait de leur intelligence, ont souffert de la rigidité d’un système confucéen leur interdisant d’être trop talentueuses. Nanso˘lho˘n aurait dit regretter de ne pas être née homme. Peut-être a-t-elle rêvé en secret d’être kisaeng (« courtisane ») ? Puisque les seules femmes qui pouvaient se permettre une grande liberté avec les hommes (soutenir leur regard, les contredire sur un vers de poésie ou l’interprétation d’une citation) étaient justement les kisaeng. Et encore pas toutes ! Seules celles qui faisaient partie des courtisanes de première catégorie. La célèbre Hwang Jin-hee (1506-1544) ne peut pas ne pas être citée ici. Son talent de poétesse est tel qu’un des sijo (poème court) qui lui sont attribués a été considéré comme ayant pu être écrit par le roi So˘ngjong (1457-1494). Comme l’a écrit Mac Cann dans Le monde traditionnel des kisaeng[5], le fait que le talent littéraire de Hwang Jin-hee puisse égaler celui d’un roi montre qu’une courtisane pouvait atteindre le sommet de la renommée. Elle pouvait être à la fois au ban de la société sur le plan de son statut social et au plus haut de la pyramide sur le plan de la considération. Ni épouse, ni mère, elle était une sorte de « non-femme », une catégorie à part entre démon et dieu.

On se doit donc d’être prudent et de comprendre que, si le confucianisme a eu ses règles, leur application ne fut pas uniforme. Il n’est pas question ici de nier l’influence de la doctrine néo-confucéenne sur la société coréenne. Son impact a été considérable. Aucun doute que les femmes furent soumises dans leur vie de tous les jours à un traitement sévère qui les limitait dans leurs actions et l’expression de leur personnalité. Avoir une « personnalité » était de toutes les façons inconce-vable. La femme n’avait pas à « être elle ». Elle devait suivre le programme tout tracé de « jeune fille chaste, femme dévouée et mère attentive ».

La femme coréenne aujourd’hui

Pour remplir ce triple objectif, rien n’était laissé au hasard. Chaque comportement était codifié : comment se tenir devant son beau-père, sa belle-mère, un ami aîné de son mari, la femme d’un professeur proche de la famille et plus âgé que le mari, le fils de la maison voisine, etc. Une longue liste à respecter sans broncher. On est donc obligé d’admettre que la femme avait peu de liberté et beaucoup de devoirs. Qu’en est-il de nos jours ? La démocratisation de la Corée lui a-t-elle permis d’échapper à ce qui fut son implacable destin jusqu’au milieu du 20e siècle ? Soumission ? Insoumission ? Où la situer maintenant ?

Les risques de malentendus

Bon nombre d’Occidentaux croient voir une grande docilité dans le comportement des femmes coréennes. Attrait immédiat ! Ceci étant, il n’est pas un homme français qui, ayant « pratiqué » une compagne coréenne au quotidien, ne vous confie qu’il faut se méfier des apparences et que derrière des attitudes de poussin câlin se cache souvent un tigre prêt à bondir. Une des clés pour expliquer ce décalage entre décor et envers du décor est à trouver dans les variations comportementales induites par la distinction entre sphère publique et sphère privée.

Ce que ne savent pas toujours ces Occidentaux est que la femme coréenne a un devoir de réserve dans la sphère publique. Elle n’est pas censée contredire qui que ce soit en public et certainement pas son mari. Une femme qui s’exprime trop ne s’attire pas l’admiration des hommes. Ceux-ci ne jugeront jamais une femme discrète comme manquant de personnalité. Bien au contraire, ils verront dans l’effacement qu’elle adopte une marque d’intelligence. Les femmes trop directes ne font pas peur aux hommes coréens. Ce qu’ils leur reprochent, c’est de manquer d’éducation, de laisser paraître dans la sphère publique des attitudes qui relèvent de la sphère intime.

En compensation de sa bonne conduite à l’extérieur, la femme coréenne bénéficie d’un grand pouvoir à l’intérieur du cercle familial. Il n’est pas apparent à l’œil nu mais réel. Pas l’ombre d’un doute : au foyer, la femme est toute puissante. Elle gère seule les affaires familiales. En France, les femmes doivent composer avec leurs conjoints. En Corée du Sud, l’achat du logement où la famille vivra, le choix de l’école où seront scolarisés les enfants, l’épargne qui sera réalisée chaque mois, le voyage en Europe prévu dans un an ou deux, l’accueil à la maison d’un neveu venu étudier à Séoul, autant de décisions prises par la femme sans nécessité d’en référer à l’homme. La maîtresse de maison fait comme elle l’entend (araso˘ handa) et un mari « intelligent » ne s’oppose pas à ses choix, même s’il lui arrive de les discuter. Dans la sphère privée, les rôles sont donc inversés : de femme soumise, la femme devient femme leader. Sauf quand elle se trouve « piégée » par un conjoint buveur ou violent. Nous aborderons la question des relations conjugales plus paisiblement à partir de deux exemples concrets de la vie courante.

Premier exemple : une femme coréenne servant une boisson à son mari ne lui demandera pas ce qu’il veut boire. Elle lui servira d’office ce qu’elle veut en fonction de la saison et de la santé de son mari. Comme la société est plus homogène que chez nous et les goûts moins individualisés, pas de problème. Sous un aspect d’autoritarisme, on découvre une réelle connaissance de l’autre, de ses besoins. À quoi s’ajoute une acceptation des choses. Le mari aurait peut-être préféré un café. Pas grave ! Il acceptera un thé au ginseng ou aux agrumes, sachant qu’une raison cachée explique ce choix.

Second exemple : une femme interrogée par son mari sur ce qu’elle a fait dans l’après-midi n’est pas obligée de lui répondre. Un simple « ku˘gnyang » (rien de spécial) ou « pappasso˘ » (j’ai été occupée) ou « Cho˘gi kassta wasso˘yo » (je suis allée quelque part), fera l’affaire. Ne pas donner d’explication précise n’aura pas d’incidence particulière, vu que cela fait partie des droits de la femme coréenne d’orga-niser sa vie privée comme elle l’entend. La seule restriction est que ce qu’elle fait ne porte pas préjudice à son mari. Or, il n’y a que deux choses qui puissent lui porter préjudice : qu’elle soit vue en compagnie d’un autre homme ou qu’elle ne s’occupe pas de ses enfants. Ces deux règles respectées, tout est permis. Passer la journée au sauna, jouer au tennis ou golf, sortir avec des amies, faire une longue sieste … Vues sous cet angle, les femmes jouissent d’une grande liberté et en profitent.

Un mot maintenant sur les relations homme-femme en dehors de la cellule familiale. Nous avons tendance à nous étonner de voir que bien souvent les deux sexes font bande à part. Certains comportements restent culturellement ancrés. De tradition, dans une réunion, une soirée ou à une table de restaurant, les femmes se regroupent entre elles. On peut juger cela démodé. La vraie question n’est pas là. Quels avantages les femmes retirent-t-elles d’évoluer dans un milieu féminin ? En Corée, être entre femmes n’est pas synonyme d’ennui ou de manque. Les Coréennes peuvent se passer des hommes. Les femmes voyagent entre elles, bien trop contentes de ne pas avoir leurs maris, ce qui les obligerait à «utiliser leurs nerfs » (singyo˘ng ssûge twoenda). Certains diront que tout cela est dépassé et que les jeunes agissent en toute liberté quel que soit le contexte. Pourtant, quand on demande aux jeunes femmes si elles parviennent à faire abstraction du sexe de la personne qu’elles ont en face d’elles, la réponse est non. En Corée, on appartient d’abord à un genre sexué, homme ou femme, et en second lieu au genre humain. En Occident aussi, mais une femme jouera plus facilement sur sa double, voire triple, « appartenance psychosociologique » : elle sera femme à certains moments, homme à d’autres et asexuée quand cette distinction catégorielle n’apporte rien.

Un autre facteur de malentendu existe. La frustration de nombre d’épouses coréennes ne provient pas tant des maris que des belles-mères. Au 21e siècle, une épouse n’est plus tellement soumise à son mari. En revanche, elle reste à la merci de sa belle-mère. Malgré leur récente perte de pouvoir, les belles-mères continuent à jouer un rôle interventionniste souvent pesant. Il en résulte que, dans ce système, la femme mariée n’a pour soutien possible que celui de sa propre mère qui va jouer un rôle régulateur : elle va opposer à l’autorité de la belle-mère, la souplesse de la « vraie » mère, tendre et complaisante, qui va continuer à choyer son enfant même après le mariage par compassion pour ce qu’elle vit et qu’elle a elle-même connu. Il est frappant de voir à quel point une mère continue à dorloter sa fille une fois même mariée. Si sa fille vit outre-mer et qu’elle lui rend visite, il n’est pas impossible qu’elle quitte le pays sans avoir fait de tourisme, impliquée qu’elle se sent dans la nécessité d’alléger la tâche quotidienne de son enfant et dans le plaisir de pouvoir réexercer ses talents de mère, rôle qu’elle a toute une vie assumé.

Vu de notre bord, il semblerait que tout en revendiquant leur indépendance, les Coréennes font peu pour assumer seules leur vie et leur liberté. Certaines refusent de se marier mais restent très dépendantes de leur milieu familial propre. En fait, le concept de liberté individuelle est récent. La société coréenne est fondamentalement communautaire et vivre indépendamment du groupe est contre nature. Voyez la frustration des femmes coréennes qui ont choisi la voie de l’indépendance et le mal psychologique qu’elles ont souvent à assumer ce choix jusqu’au bout ! Les femmes intellectuelles coréennes qui vivent selon leurs convictions encourent le risque de souffrir de solitude et d’un manque de reconnaissance. Elles peuvent réussir socialement aussi bien que les hommes mais elles restent considérées comme des femmes à part. Dans les faits, la femme coréenne est libre aujourd’hui. Dans les mentalités, cela est moins certain. Elle peut se ma-rier ou ne pas se marier. Elle peut décider de divorcer et beaucoup le font. Elle peut choisir de travailler ou non, même si le plus fréquent est d’avoir une activité professionnelle à la fois par besoin de réalisation personnelle et par nécessité financière. Il n’en reste pas moins que la question de l’égalité des sexes, vue sous l’angle de la psychologie sociale et du ressenti humain, reste ouverte.

Conclusion

Saisir ce qu’est la femme coréenne n’est pas une simple affaire. Nous avons tenté de montrer que la femme en Corée est prise entre deux impératifs, celui de se conformer au modèle féminin hérité du confucianisme où sa mission lui est dictée et celui de s’affirmer en tant qu’individu indépendant où elle se trouve alors seule face à elle-même. Elle est donc confrontée au dilemme que constitue l’obligation d’être ce que l’on veut qu’elle soit et le désir d’être ce qu’elle veut être. Elle se débat entre le devoir de réserve et le besoin d’affirmation. Si elle adopte la première voie, celle de la soumission aux traditions, elle souffrira du mal de ne pas pouvoir être elle-même, si elle adopte la deuxième, celle de la revendication de ses convictions, elle souffrira du mal de ne pas être comme les autres. Car la Corée a beau s’être occidentalisée, les li-bertés ont beau être plus grandes, la société coréenne reste une société où se distinguer n’est pas la norme et où dénigrer les hommes peut coûter cher. La femme n’est donc pas libre d’être libre. Avec intelligence, elle s’est aménagée un espace à elle à l’intérieur des contraintes imposées par le système, mais il faudra encore un peu de temps avant que les hommes la reconnaissent officiellement comme leur égale. Officieusement, c’est gagné : les nouvelles générations ne croient plus à l’utilité du principe confucéen si sacré de namchonyôbi. Elles sont passées au niveau supérieur : yôchonnambi !

L’Art du Hanbok



Une entraînante chorégraphie évoluant aux frontières de la vie

Aperçu de la littérature coréenne
Kim Young-chan, critique littéraire et professeur au Département de langue et littérature coréennes de l’université Keimyung
© Revue Koreana, WINTER 2008 Vol.9 No.4

« Un romancier vivant pour le roman » : dans le cas de Koo Hyo-seo, cette formule n’est pas galvaudée, mais vient immédiatement à l’esprit si l’on dresse un bref inventaire de sa production lors des deux dernières décennies composant à ce jour une carrière littéraire marquée par la parution de quinze romans et sept recueils de nouvelles. Outre le nombre et le volume de ces écrits, on perçoit tout le poids de la réalité et du quotidien qui pèsent sur l’œuvre d’un auteur contraint de vivre exclusivement de celle-ci et s’inscrivant en cela dans un certain ordre économique par la nécessité de parvenir à un équilibre entre ces deux aspects de son existence, de sorte que le roman relève dans son cas d’un travail au sens le plus général du terme.

Si ce mot peut à juste titre évoquer une création féconde, propre à faire prendre vie aux objets qui nous entourent, on ne saurait en faire par trop l’amalgame, car le sens profond de l’œuvre réside aussi ailleurs. Événements, groupes humains, paysages, sentiments et émotions y renaissent perpétuellement à travers son regard, qu’il porte donc depuis toujours sur eux par le biais du roman, dont la matière repose constamment sur cette vision du monde. Pour lui, le roman participe de la genèse de la vie en décryptant, assimilant et personnifiant un monde qui connaît de constantes et enrichissantes évolutions et dans lequel il peut ainsi, encore et toujours, se replonger et trouver refuge, alors la vie devient roman, et inversement, jusqu’à s’imbriquer dans l’écriture de manière indifférenciée.

Pour la plupart d’entre eux, ses personnages se situent à la frontière de la vie et de la mort, du présent et du passé, de l’existence et de l’inexistence, du quotidien et de l’extraordinaire, de la mondanité et du détachement, c’est-à-dire en un point où deux mondes opposés sont mis en présence, mais en même temps communiquent et communient, en un « événement » que ces protagonistes vivent intensément dans leur corps et leur âme, tout en voyant leurs habitudes, principes moraux et discipline de vie totalement bouleversés par cette expérience insolite.

L’intrigue s’émaille de circonstances extrinsèques et fortuites qui, tout en n’étant guère exceptionnelles, sont lourdes de conséquences sur le quotidien et les sentiments des personnages, tout en suscitant une prise de conscience chez ces derniers, à l’instar de la mort d’une connaissance, de la simple découverte d’une photo, de la vue d’un paysage désolé, de la narration d’un récit insipide, voire de l’énoncé subit de sa condamnation à mort ou, dans le cas de la nouvelle « Les sacs de sel », lorsque le narrateur retrouve un livre qu’aurait lu sa défunte mère longtemps auparavant, à savoir « Crainte et tremblement » de Kierkegaard traduit en langue japonaise.

Au hasard de découvertes survenant dans des lieux divers, les personnages entrevoient un « moi » et tout un long passé qui se trouvent profondément enfouis dans les objets concernés, le premier, loin de se limiter à une personne donnée, étant omniprésent, puisqu’il peut aussi bien se trouver dans la maison de son enfance, ou au coin d’une photo, sous forme de quelque objet semblant pourvu d’un regard fixé au ciel infiniment profond et obscur, au fond d’une forêt solitaire et tout enneignée par l’hiver, ou dans des histoires contées par des inconnus sur les rives d’un lac, ou encore dans les yeux d’un coiffeur de quartier. Chez Koo Hyo-seo, le « moi » affirme avoir inopinément découvert, à un moment donné, que tout son être devait son existence aux liens qui unissent le passé à l’avenir et l’autre à l’histoire, tels ces passages pareillement soulignés par la mère dans le texte japonais et par le narrateur de la nouvelle « Les sacs de sel », comme le fait observer celui-ci : « …c’était sous son influence que j’avais souligné sans les comprendre certains passages du mien. »

Ce thème de la conscience de soi cher à l’œuvre romanesque de Koo Hyo-seo est bien évoqué par l’extrait suivant de sa nouvelle « Là où l’horloge avait été accrochée » : « Nulle part le « moi » ne peut exister. À moins de n’être le vent, la pluie, le ciel, le soleil, le nuage ou le rocher, je ne peux exister nulle part ».

S’il est vrai que « je » suis partout, alors c’est que je ne saurais être nulle part, déclare l’auteur en représentant tantôt l’inexistence d’un « moi » abandonné à son sort au beau milieu de l’univers, dans un lointain espace temporel, tantôt l’existence d’un autre fait de chair, entretenant des relations avec le monde extérieur et dont l’homme a profondément conscience, l’ensemble se situant sur fond de nihilisme niant tout contenu à cette réalité à laquelle nous nous attachons, mais menant à l’introspection et à la résignation à ce qui n’est pourtant qu’une ombre de vie.

L’originalité de l’œuvre de Koo Hyo-seo réside justement dans l’exutoire que trouve cette perception nihiliste dans une consolation et une réconciliation apaisantes qui permettent au sujet de se redécouvrir et d’adopter un état d’esprit optimiste au terme d’une introspection le conduisant aux limites de la vie et d’une démarche d’ouverture de son être au monde extérieur, pour enfin parvenir à se surpasser. En d’autres termes, le point de vue nihiliste qui s’exprime dans cette production repose en partie sur une volonté de paix découlant du constat bien assumé du vide de l’existence.

La nouvelle « Les sacs de sel » n’a pas pour propos d’évoquer une résignation puérile face à un monde obscur, mais plutôt d’exposer au grand jour ces ombres de l’existence qui, en s’alliant aux souvenirs de cette mère au difficile mais courageux passé dans le contexte tumultueux de la guerre, suscitent d’autant plus l’émotion et la tendresse chez le lecteur. Ces sacs de sel qui produisent le « dubu » nourricier après avoir répandu leurs gouttes de saumure, telles des larmes, dans l’humidité et l’obscurité, représentent des ombres grandioses, tout comme cette mère qui, au mépris d’un affligeant et obscur destin, recueille ses enfants dans son giron en leur cachant ses pleurs et dont le personnage inédit dans l’univers fictionnel coréen jusqu’à sa brillante création au sein de ce récit, est celui d’une femme qui rend son dernier souffle après avoir farouchement défendu sa dignité d’être humain en dépit de la violence idéologique et guerrière du monde extérieur, mais aussi des agressions perpétrées par son époux au domicile familial.

Les peintures symbolisent les croyances populaires

Suh Gong-im, président de l’Association de peintures folkloriques coréennes
(04 décembre 2008)

Les peintures représentant le tigre (horang-i) qui décoraient les maisons coréennes n’étaient pas seulement valorisées pour leur beauté artistique. Elles représentaient le souhait populaire de repousser les esprits maléfiques et d’implorer des bénédictions de la part des cieux. Quels que soient leurs genres, des animaux figurent souvent sur ces peintures. Celles qui sont présentées dévoilent certains des animaux décrits le plus souvent dans les anciennes peintures folkloriques, et ce que ces animaux symbolisent dans la vie spirituelle des Coréens.

horang-i

horang-i

Le tigre (horang-i) était généralement considéré comme un gardien compatissant qui protégeait les humains et même récompensait leur gentillesse. Dès lors, le tigre était en général décrit comme une créature douce et docile, plutôt que comme une bête féroce. Cela étant, la croyance sous-jacente présentait le tigre comme un animal sans peur et vaillant, qui permettrait d’éviter les infortunes, telles que le feu, l’inondation, la tempête, de même que de chasser les sortilèges maléfiques. On pensait que la peau de tigre ou les ornements faits à partir des dents du tigre possédaient des pouvoirs mystérieux. Les peintures représentant le tigre étaient apposées, le Jour de l’An, sur les portes ou en d’autres lieux aux alentours de la maison, dans l’espoir qu’elles seraient le signe annonciateur d’une année bienheureuse.

yong

yong

Le dragon (yong) était un animal imaginaire qui était supposé vivre dans les cours d’eau avant de s’envoler dans les cieux. Il était adoré comme une créature empreinte de dignité et énigmatique comparable aux empereurs et rois. Comme les dirigeants, le dragon était responsable de la protection du peuple et du pays, de même qu’il possédait le pouvoir de contrôler l’eau. Par ailleurs, le visage du roi était dénommé yong-an, l’esprit vertueux du roi yong-deok, le statut du roi yong-wi et l’habit royal yong-po. Dans la mythologie populaire, le dragon bleu représentait les puissances exorcistes, le dragon jaune ou le blanc évoquait l’autorité royale et le dragon poisson était censé posséder le pouvoir d’invoquer la pluie.

Le coq (dak) annonce l’aube et chasse les ténèbres, c’est pourquoi il figure souvent sur les peintures affichées sur les portes intermédiaires. Le coq était considéré comme ayant cinq vertus. Si sa crête symbolisait un poste élevé dans la fonction publique, ses griffes aiguisées représentaient les prouesses militaires et l’on pensait que le coq était un animal suffisamment vaillant pour ne jamais se replier au cours d’une bataille. En outre, il était suffisamment compatissant pour chanter lorsqu’il découvrait de la nourriture afin de la partager avec les autres. Il s’agissait également d’un animal sur lequel on pouvait compter en périodes difficiles. Il était ainsi considéré comme vertueux : le coq, plus précisément sutak, aurait eu le pouvoir de rendre plus aisée l’ascension de l’échelle bureautique, la poule ou amtak, étant, quant à elle, promesse de fertilité.

Le phoenix (bonghwang) était une créature légendaire hautement favorable qui était souvent associé aux personnages royaux : le roi (bong) et la reine (hwang). En tant qu’un des quatre esprits protecteurs représentant les quatre points cardinaux, le phoenix était censé résider uniquement au sommet des arbres paulownia, se nourrir de pousses de bambou et une fois ses ailes déployées, il pouvait voler pendant 90 000 li. Pour concevoir les emblèmes, les costumes ainsi que les meubles royaux, on utilisait des motifs dessinés à partir du phoenix, symbole de dignité et de bon augure. Par ailleurs, le motif de l’emblème de la Présidence coréenne est un phoenix.

Le chien (gae) est depuis longtemps un fidèle et intelligent ami de l’homme. Depuis les temps reculés, il était apprécié pour sa cordialité et sa loyauté envers les humains et l’on pensait qu’il était utile pour chasser et traquer, de même que pour garder les maisons. On pensait également que le chien était capable de protéger les hommes des esprits malfaisants, des maladies, des fantômes, ainsi que des apparitions maléfiques. Il était aussi en mesure d’avertir et de prévenir les catastrophes. De même que les tigres et les chevaux de couleur blanche étaient considérés comme des créatures sacrées, on pensait que les chiens blancs étaient indispensables pour supprimer les énergies fâcheuses ou négatives rôdant autour des maisons. Les chiens jaunes étaient souvent élevés dans les fermes pour protéger la fertilité et permettre d’avoir de riches récoltes. La belle espèce intelligente native de l’île de Jin, jindogae, est dite courageuse et loyale, et l’on pensait que le caniche originaire de Corée, nommé sapsalgae, chassait les esprits maléfiques.

Avec ses bois élégants, dirigés vers le ciel, le cerf (saseum) était conçu comme une créature sacrée capable de discerner les augustes intentions des cieux. Par conséquent, on pensait qu’il pouvait éviter les maladies et invoquer la joie et la richesse. Le cerf était aussi censé être le réceptacle d’entités immortelles et l’un des 10 symboles de la longévité. En chinois, les deux lettres qui représentent le cerf et les salaires des fonctionnaires sont toutes les deux prononcées comme lu (nok en coréen) bien qu’elles aient des formes différentes. Ainsi, le bailu (baengnok en Coréen) signifie littéralement “une centaine de cerfs” et a fini par signifier le succès et le bonheur.

La tortue (geobuik) avec sa carapace bombée et sa membrane abdominale plate symbolise l’ancienne cosmogonie coréenne selon laquelle le ciel formait un arc de cercle alors que la terre était plate. C’est pourquoi, on pensait que la tortue était un animal sacré lié aux cieux et à l’homme, de même qu’un symbole de longévité, de joie, de stabilité et de force. Une stèle en pierre érigée sur une carapace de tortue matérialise l’espoir que cela durera toujours.

girin

girin

Une licorne imaginaire appelée girin représente la compassion et la miséricorde. Son apparition était censée présager la venue d’un roi sage. Les anciens Coréens appelaient un jeune homme doté d’une habilité et d’une dignité importante un girin-a, ce qui signifie un enfant prodige.

On pensait que la créature légendaire crachant du feu, haetae, était la gardienne de la justice frappant, de sa puissance corne, quiconque se serait montré injuste ou indécent. En raison de sa nature, puisque la créature crache le feu, le haetae représentait l’eau et cette créature était souvent peinte sur les murs des cuisines. En Chine, un animal légendaire similaire était connu sous le nom de xiezhi, ou haechi en Coréen.

* Article courtoisement cédé par l’Administration du Patrimoine culturel, le Patrimoine coréen

Le vide dans l’art coréen

L’épanouissement par le vide
Lim Youngju, journaliste à la section culturelle du quotidien « Kyunghyang Daily News »
Koreana, Vol.9 n°1, Printemps 2008

Suh Do-ho

Á la définition d’espace dépourvu de contenu que donnent du vide les dictionnaires, correspond, dans l’art, la notion de celui où la représentation se limite à l’objet, l’absence de toute couleur ou tracé relevant alors d’une œuvre inachevée selon les critères occidentaux, qui repose sur l’importance de la forme et du visible, tandis que les Orientaux y voient un élément primordial en peinture.

La spiritualité coréenne dans la peinture orientale

Si le concept spécifiquement oriental de « peinture non peinte » peut au premier abord paraître un illogisme, la tournure en traduit mieux que toute autre une esthétique privilégiant l’aspect introspectif plutôt qu’extérieur de la peinture et faisant alors du vide l’outil le plus apte à représenter l’invisible, l’ellipse et le non-dit plus riches de sens que l’on croirait. à des degrés divers, l’idée en est présente non seulement chez de célèbres peintres de la dynastie Joseon (1392-1910) comme Kim Hong-do (1745- ?), mais aussi sur la porcelaine Buncheong ou blanche de Joseon, en peinture populaire et jusque dans l’œuvre contemporaine du vidéaste Paik Nam June (1932-2006) ou de Suh Do-ho (1962-), une telle continuité historique révélant que le vide ne se réduit pas à un mode d’expression parmi d’autres. Embléma-tique d’une spiritualité propre à l’Ex-trême-Orient, et donc à la Corée, il était naturel qu’il trouve sa place dans les œuvres d’art. Aux confins de l’existence et du néant, son absence d’avoir met en valeur l’être, comme se proposait de le montrer l’exposition qui lui était consacrée.

Par-delà tout repère temporel ou spatial

« Cette manifestation a pour objectif de faire découvrir la dimension symbolique d’une valeur orientale, le vide, dans un contexte aussi bien traditionnel que moderne », précise Lee Joon, directeur adjoint du musée, un parti-pris dont attestent l’origine des œuvres exposées, dont vingt-huit datent de l’Antiquité et trente-trois de notre époque. En rupture avec l’habituelle concentration sur une période, une tendance ou un artiste donnés, cette présentation remonte au IVe siècle, c’est-à-dire sous le Royaume de Gaya (42-562), et s’arrête à l’année 2007 pour s’intéresser à des genres aussi divers que la peinture, la photographie, la calligraphie, la céramique et la sculpture, abattant de ce fait un premier mur élevé par des idées reçues car on ne saurait faire le vide en soi sans s’abstraire de toute époque ou tendance. Partout dans le monde, les expositions thématiques confrontant passé et présent connaissent un fort succès, car elles élargissent le point de vue du visiteur en complétant les œuvres contemporaines de productions antérieures ou appartenant à d’autres disciplines, cette interdisciplinarité valant aussi pour la méthodologie des études en histoire de l’art. D’une grande répercussion, pour ces mêmes raisons, sur le monde de l’art coréen, la manifestation proposée par le Musée Leeum doit son existence au fonds d’œuvres anciennes et contemporaines dont dispose cet établissement et qu’il a pour l’occasion enrichi de prêts du Musée national d’art contemporain pour offrir, sur cette thématique du vide, un panorama complet de l’art coréen englobant arts visuels, poteries de Gaya, céladons de Goryeo, porcelaine blanche de Joseon, calligraphie, peinture populaire et contemporaine, ainsi que photographies et créations audiovisuelles. Elle allait ébranler une autre certitude, celle de l’aménagement de l’espace par un fractionnement inédit de celui-ci, tantôt en pièces, tantôt en ruelles ou sentiers à l’image d’un jardin traditionnel, sur les conseils du grand architecte coréen Seung Hyo-sang, célèbre par sa mise en œuvre de l’esthétique du vide conformément à la théorie de la « beauté de la pauvreté ». Les lieux étaient ainsi conçus que l’on accédait aux pièces en empruntant des allées parsemées de cailloux blancs ou agréablement couvertes de bois, afin de représenter la nature dans toute sa diversité. S’il importait de surmonter ces deux obstacles afin que le public puisse apprécier les œuvres, c’est que le vide ne peut s’appréhender que de manière sensible, et non raisonnée, en « ressentant la dimension spirituelle du vide », comme le soulignait le directeur adjoint de la manifestation, finalité à laquelle devrait tendre chaque visiteur.

Nature, liberté et imaginaire

Bae Bien-U, Pins

Afin de mieux révéler l’esthétique propre du vide, l’exposition comportait les trois volets de la nature, de la liberté et de l’imaginaire. En ce qui concerne la première, la civilisation occidentale matérialiste l’a réduite à l’état d’objet à exploiter au prix de destructions environnementales, et il n’est pas fortuit, qu’en peinture, elle ait cultivé l’art du portrait, tandis que l’Orient lui préférait les paysages. En effet, dans la culture de ces deux mondes, s’exprime une vision différente puisque les paysages peints du second ne montrent pas un Homme en dominateur de la Nature, mais en partie intégrante de celle-ci, dans la mesure où il les voit tous deux en osmose. Dès lors, c’est à l’Homme qu’il appartient de s’adapter, voire de se soumettre aux lois de la Nature car elle est source de vie et constitutive d’un monde avec lequel il lui faut vivre en harmonie. à cette étape, l’esthétique du vide se révèle inhérente à la Nature, comme dans ce « Mont du Diamant vu du col de Dalryeong » dû au peintre Jeong Seon (1676-1759) et où l’intense sobriété du relief est mise en évidence par un ciel évoqué par le vide, parce que non dessiné, mais apparaissant d’autant plus immense et insondable. Lui succède la série des « Pins (2006) » réalisée par le photographe Bae Bien-U, où l’arbre qui se dresse bien droit dans une aube brumeuse apporte un réconfort semblant tenir du pouvoir apaisant de la nature. Sur cette vue prise aux premières lueurs de l’aube pour obtenir un effet de profondeur spatiale, le vide est constitué du ciel, de la montagne et des plaines aux contours estompés par la brume, le noir du tronc d’arbre ressortant avec encore plus de netteté sur ce fond nébuleux. C’est dans le vide d’une rivière que nous plonge l’œuvre suivante, une création audiovisuelle de Kim Soo-ja (1957- ) intitulée « La blanchisseuse – sur la rivière Yamuna en Inde (2000) », au moyen d’une vue de dos d’une femme contemplant paisiblement le ruissellement incessant des eaux. Qu’en est-il de la liberté ? Il s’agit de cet état naturel que tout artiste aspire à atteindre en s’affranchissant des moindres artifices ou contraintes et qui cons-titue l’essence même d’une libération spirituelle que ne peut apporter à elle seule la pratique d’une religion, mais un ensemble de démarches entreprises par le biais de l’art et qu’illustre ce « De la ligne (1979) » de Lee Ufan (1936- ) en révélant que l’acte de création artistique constitue en soi une expression de la li-berté d’esprit. En traçant de simples lignes, l’artiste parvient à un état d’extrême concentration et en transcendant entièrement la réalité, produit une œuvre représentant la liberté de l’esprit. Dans le volet traitant de la liberté, ce sentiment émane de la simplicité qui carac-térise les œuvres, telle cette « Jarre de porcelaine blanche avec sous-glaçure et peinture fer à motifs de cordons (XVe – XVIe siècles) », une pièce au col duquel pendent les extrémités libres de cordelettes, mais que dire en revanche de cette ample et ronde « Jarre en porcelaine blanche (XVIIIe siècle) » sans le moindre ornement, banale et tout à fait insignifiante, sinon que sa modestie même la fait paraître libre, car générosité et ouverture totale d’esprit sont une force que seule peut octroyer la simplicité. Dépourvu de forme et de limites, intangible et malaisé à rendre par les mots, le vide redéfinit constamment les rapports du visible à l’invisible, du matériel au spirituel, de l’intérieur à l’extérieur, seul l’imaginaire pouvant alors lui conférer le contenu dont il est dépourvu en le dotant d’attributs esthétiques. En effet, le vide n’aiguise-t-il pas l’imagination, provoquant différentes interactions entre créateur et public tout en laissant ainsi un espace, ouvert aux possibles, où le visiteur se voit convier à l’interprétation active ? Le volet consacré à l’imaginaire rassemble des œuvres qui donnent libre cours à l’inventivité en raison de leur vacuité, comme ce « Sans titre » de Kim Hong-joo (1945- ), qui, dans sa vue du lac Cheongji situé au Mont Baekdusan, oppose en un fort contraste des reliefs représentés avec précision à une étendue d’eau dont n’apparaît aucun détail, un néant qui laisse deviner un contenu sous-jacent et suscite l’hypothèse qu’il a pu être asséché par une chaleur torride ou que des monstres sont tapis dans ses profondeurs… Le vide ne se borne pas à un espace matériellement inoccupé, mais évoque aussi le temps et les vestiges, à l’instar de cette « Tuile de toit (Xe siècle) » dont la face réjouie, amputée de moitié sur la droite, incite à faire preuve d’imagination pour ajouter la partie manquante.

Découverte du vide au quotidien

Yun Duseo (1668-1715), Autoportrait. Peintre de la dynastie Joseon Dynasty. 240e Trésor national de Corée

Si d’aucuns peuvent juger hasardeuse la recherche d’une beauté du vide dans une tuile brisée ou dans les bracelets portés par les lettrés de jadis, il serait plus judicieux de s’interroger préalablement sur le sens du thème même de cette exposition, ainsi que des considérations qui en découlent et notamment, pour le plaisir, de se demander pourquoi cette « Jarre de porcelaine blanche » ronde comme la pleine lune figurait au volet de la liberté, alors qu’un « Autoportrait (XVIIIe siècle) » de Yun Du-seo (1668-1715) se trouvait dans celui de l’imaginaire. Quoi qu’il en soit, cette invitation à la vacuité aura permis d’admirer nombre de chefs-d’œuvre coréens, parmi lesquels étaient répertoriés au catalogue pas moins de quatre Trésors nationaux et sept Trésors dont les « Enluminures du Sutra Avantamsaka (754-755) » et « éclaircie après la pluie au Mont Inwangsan (1751) », aux côtés des productions d’importants artistes contemporains tels que Park Soo-keun (1914-1965), Chang Uc-chin (1917-1990) et Kim Whan-ki (1913-1974). « à l’heure où nous ne trouvons plus le temps de méditer sur nous-mêmes, il faut, en dépit de notre bien-être matériel, réapprendre à apprécier le vide en tant que valeur spirituelle », estime Madame Hong Ra-hee, la directrice du musée, ajoutant à juste titre que notre quotidien se trouverait un tant soit peu changé, si seulement nous parvenions à atteindre cet épanouissement par le vide, quel que soit le nom que l’on donne à cet état d’existence dans l’inexistence.

Le multiculturalisme à travers l’histoire coréenne

Le multiculturalisme à travers l’histoire coréenne, un dépassement du sentiment de supériorité nationale pour s’acheminer vers la diversité
Han Geon-soo, professeur au Département d’anthropologie culturelle de l’Université nationale de Kangwon

Avènement de l’identité coréenne

La compréhension du sentiment national coréen tel qu’il se manifeste à l’époque contemporaine exige de revenir sur l’apparition des notions de communauté ou d’identité nationale qui participent d’un héritage plusieurs fois millénaire ayant subi d’importantes évolutions au fil du temps.

D’une manière ou d’une autre, les Coréens ont établi des liens et échanges avec différents peuples, étendant déjà leur influence à la Mandchourie actuelle, sous le royaume de Goguryeo (37 av. J.-C. – 668 ap. J.-C.), par l’intermédiaire de différentes ethnies des régions septentrionales dont les ressortissants allaient par la suite se fondre en une société multiethnique avec des peuples étrangers tels les Malgal, aussi dits Mohe, pour instaurer la monarchie de Balhae (698–926), après la chute du premier. Les documents historiques révèlent en outre, à propos du royaume de Gaya (42–562), que Heo Hwangok (38–89), qui monta sur le trône et perpétua la lignée du clan des Heo de Gimhae, était originaire d’Ayuta et, si les opinions divergent quant à l’emplacement précis de ce dernier, il apparaît que sa population aurait entretenu des relations avec d’autres peuples, notamment en Inde.

Au dixième siècle, l’effondrement du royaume de Balhae circonscrira dès lors l’histoire nationale au sol péninsulaire et, si les dynasties s’y succéderont, leurs sujets auront toujours plus conscience d’appartenir à une communauté liée par un même destin historique à l’intérieur de frontières communes. Sous les monarques de Goryeo (918–1392), la Corée connaîtra une importante évolution culturelle du fait d’apports extérieurs résultant du dynamisme de son commerce international, lesquel s’étend alors, par-delà la Chine, jusqu’à des contrées au riche et original héritage telles que l’Arabie. Pour que s’atténue cette libre assimilation de cultures exogènes, il faudra attendre le XIIIe siècle et l’invasion par la dynastie des Yuan, dont l’hégémonie politique se doublera d’une domination par la culture mongole.

La dynastie Joseon (1392-1910) marque une étape décisive de la formation de l’identité culturelle coréenne, avec l’introduction du néoconfucia-nisme comme idéologie officielle qui donnera naissance à toute une culture spécifique dans l’aristocratie, puis, principalement au XVIIe siècle, le renforcement de ses préceptes pour guider le peuple et régir sa vision du monde. L’époque des invasions japonaises de 1592 à 1598 est marquée par des relations toujours plus étroites avec la dynastie Ming (1368-1644), dont l’influen-ce se fera d’autant plus sentir sur l’identité culturelle coréenne que les deux nations adhèrent aux mêmes valeurs néoconfucéennes et se refusent à toute union avec une entité qui ne les a pas faites siennes.

Tout au long de la dynastie Joseon, ce principe façonnera un certain état d’esprit à l’égard des populations immigrées. En règle générale, le royaume se montrait hospitalier envers les apatrides venus de contrées étrangères, notamment ceux de la Chine des Song et Ming venus trouver refuge après la disparition de leurs états respectifs, ce qui était le cas dès l’époque de Goryeo. Quant aux personnes originaires d’autres nations ou régions, telles le Japon et la Mand-chourie, elles se voyaient dispenser un certain temps d’acquitter l’impôt ou d’effectuer des corvées, ainsi que d’accomplir le service militaire trois générations durant, afin de favoriser leur établissement dans le pays. Ces libéralités allaient permettre à nombre d’étrangers de s’intégrer à la vie coréenne et, sous le règne du roi Taejong (r. 1400–1418), c’est-à-dire dès les premiers temps de la dynastie, quelque deux mille Japonais résidaient déjà dans la province de Gyeongsang-do.

Le critère d’allégeance au confucianisme

Les chroniques historiques sur la Corée de Joseon ne font état d’aucune discrimination, tout au moins de nature politique, exercée à l’encontre de personnes immigrées en raison de leur origine ethnique, seule l’adhésion à l’idéologie dominante du confucianisme conditionnant le traitement qui leur était réservé, et il arriva même que des sujets instruits de la Chine des Song ou des Ming accèdent à des postes gouvernementaux que l’on répugnait à offrir aux Jurchen de Mandchourie ou aux Japonais. Ce refus était motivé par le fait que, dans ces deux derniers cas, l’assimilation de la culture nationale demeurait insuffisante, et non par l’origine ethnique ou géographique des individus, sur laquelle primait donc l’intégration culturelle.

En mettant l’accent sur l’adoption des préceptes confucianistes, l’état de Joseon allait ainsi promouvoir la construction d’une identité nationale que renforceraient encore, aux XVIe et XVIIe siècles, les invasions respectivement entreprises par le Japon et la Chine des Qing (Mandchous), qui allaient ébranler le pays en y occasionnant des ravages, car perpétrées par deux nations fondées par des peuples périphériques guère plus évolués que des barbares. Aussi, les véritables calamités que représentèrent ces agressions eurent pour effet paradoxal d’accroître toujours plus le sentiment de fierté à l’égard des valeurs culturelles néoconfucianistes chez les sujets de Joseon.

L’importance accordée à ces critères confucéens d’assimilation culturelle ne concernait d’ailleurs pas que les étrangers, mais touchait les Coréens eux-mêmes, car la classe dirigeante, qui se scindait en clans selon ce clivage, était en proie à des querelles intestines, tout en s’accordant à reconnaître l’impératif de prépondérance du confucianisme dans toute l’humanité, c’est-à-dire l’avènement d’une identité culturelle unique, sans considération de classe sociale. à cet égard, la perpétuation de la lignée familiale par le fils aîné et l’importance de la pureté du sang répondaient à une volonté d’application des préceptes confucianistes et ne cons-tituaient donc nullement une fin en soi.

Si les chroniques d’alors exposent l’idéologie régnant au sein de la classe dirigeante, aucune d’entre elles n’évoque les relations concrètes qu’entretenaient au quotidien les gens du peuple avec les immigrés. Au XVIIIe siècle, Bak Jiwon (1737–1805), penseur de l’école pragmatique et écrivain de la fin de Joseon, consacre à la vie de ressortissants chinois établis en Corée depuis la chute de la dynastie Ming de brefs passages de sa nouvelle intitulée « Histoire de Monsieur Heo ». Afin de stigmatiser l’hypocrisie des courtisans et nobles qui exigeaient que soit châtiée la dynastie Qing pour avoir conquis celle des Ming, jadis à la tête d’un état confucéen ami, le héros qui donne son nom à cet ouvrage propose non sans audace, au vu des liens étroits qui unissaient ce dernier à Joseon, de donner des courtisanes pour femmes aux réfugiés de celui-ci afin de faciliter leur établissement dans le pays plutôt que de les condamner à tout jamais au vagabondage ou au veuvage. Par le biais de son protagoniste, Bak Jiwon formulait ainsi ses propres critiques à l’encontre des contradictions de la société joseonienne, c’est-à-dire où les obligations dictées par la morale ne se concrétisaient pas dans la réalité, mais il importe avant tout de retenir de ce récit que nombre de réfugiés, tout au moins ceux qui n’avaient pas acquis de formation confucianiste, demeuraient exclus et en souffraient cruellement.

En accordant la primauté à ses relations privilégiées avec la dynastie des Ming, la société de Joseon que dépeint Bak Jiwon s’était ainsi repliée sur sa contemplation de la tradition confucianiste, ne recherchant que sa sauvegarde en fustigeant les Qing, lesquels étaient à mille lieues d’entreprendre une quelconque invasion, si tant est que leurs stratégies réelles soient incompatibles avec le confucianisme. Il apparaît ainsi que l’identité culturelle de Joseon trouve ses racines dans une vision de sa place au second rang des nations confucéennes après la Chine des Ming.

Progression de l’idée de nation monoethnique sous l’occupation japonaise

L’identité culturelle confucéenne sera mise à rude épreuve à l’aube du XXe siècle, qui marque un tournant dans l’histoire des civilisations car, tandis que s’instaure un nouvel ordre impérialiste, la société de Joseon n’est plus en mesure de consacrer temps et efforts à l’adoption et à l’assimilation de cultures et technologies nouvelles. Des considérations commerciales suscitant largement les visées expansionnistes des grandes puissances, la dynastie va s’enfermer dans une politique de rejet des cultures étrangères impies, notamment occidentales, pour mieux défendre les préceptes vertueux du confucia-nisme, alors qu’elle aurait dû s’ouvrir toujours plus aux nouvelles techniques et influences.

En 1910, l’annexion officielle de la Corée par le Japon sera suivie d’une véritable entreprise de nettoyage ethnique, et après s’être vu spolier de sa nation, le peuple coréen lui-même allait être menacé de disparition du fait de la politique d’assimilation forcée menée par un occupant désireux de priver celui-ci de ses racines, non seulement par l’interdiction qui lui était faite d’employer sa propre langue, mais aussi par l’obligation de renoncer aux patronymes coréens à la faveur de noms à consonance japonaise. C’est la crise d’identité résultant de la colonisation japonaise qui allait donner naissance à une conscience nationale au sens mo-derne du terme. En accordant une importance extrême à l’origine et à la filiation des familles, les Coréens tentaient ainsi de mettre en échec la politique d’intégration forcée entreprise par le Japon impérial et étayer l’hypothèse qu’ils formaient un seul et même peuple descendant de Dangun. En outre, l’interdiction faite par l’occupant d’employer la langue coréenne allait encore exacerber cette prise de conscience nationale et rassembler ses locuteurs au sein d’une même communauté linguistique après l’indépendance.

Si la politique d’assimilation forcée mise en œuvre par les colonisateurs japonais avait réveillé un nationalisme fondé sur l’uniformité ethnique et l’homogénéité culturelle, la partition du pays faisant suite à sa libération et à un conflit armé n’allaient faire qu’aviver plus encore ce sentiment.

Égalité et valeur de toutes les cultures

Ainsi, le sentiment national coréen représente la synthèse de différentes évolutions historiques au long cours, chaque époque ayant, par son contexte spécifique, considérablement influencé la formation ou l’altération de l’identité nationale et culturelle, tout comme le XXe siècle est à l’origine de celle qui prévaut aujourd’hui. De même que ce sentiment identitaire changea radicalement du royaume de Goryeo à la dynastie de Joseon, il doit aujourd’hui prendre en compte les changements imposés par la mondialisation.

La notion de frontière elle-même est en pleine évolution, parallèlement à l’augmentation des migrations transfrontalières, et plus de six millions de ressortissants coréens vivent aujourd’hui aux quatre coins du monde, la population immigrée que compte le pays dépassant un million d’individus. Les femmes prenant un Coréen pour conjoint se voient accorder de ce fait sa nationalité et connaissent dès lors une nouvelle vie, de nombreux travailleurs immigrés choisissant également de s’installer définitivement en Corée plutôt que de rentrer au pays. Si les Coréens n’avaient jamais eu jusqu’alors à faire la distinction entre les notions de « nation » et de « groupe ethnique », ils constatent aujourd’hui la présence croissante de personnes ethniquement différentes tout en vivant comme de véritables citoyens coréens, de même que l’on compte à l’étranger toujours plus d’habitants d’origine coréenne. Sur le sol coréen, le nombre de ressortissants étrangers obtenant la citoyenneté du pays, sans en parler la langue ni en posséder la culture, ne cesse de progresser, ainsi que celui des hommes et femmes qui ne possèdent aucune maîtrise de la langue en dépit de leurs origines coréennes ou dont la culture est totalement différente.

En conséquence, il incombe au pays et à ses habitants de savoir s’adapter à de telles évolutions, car nul ne saurait nier qu’il faut dépasser le stade de l’acceptation des différences culturelles pour jeter les bases d’une société fondée sur la diversité culturelle dès maintenant, c’est-à-dire précisément au moment où se mettent en place des composantes pluriethniques et multiculturelles.

Nés de la résistance au régime colonial japonais, les principes de « monoethnicité » et de « pureté du sang » constituent aujourd’hui autant d’obstacles à surmonter, tout comme il conviendrait aussi de remettre en question l’idée de supériorité culturelle, qui se trouve profondément ancrée dans l’histoire, car il est non seulement condamnable de faire reposer une identité nationale sur ce sentiment de supériorité, ainsi que sur la notion d’homogénéité culturelle, tous deux provenant d’un système de pensée néoconfucianiste, mais cela est aussi en totale contradiction avec la réalité, puisque société et population de la Corée nouvelle sont toutes deux appelées à se développer grâce aux apports de la diversité ethnique et culturelle.

Littérature coréenne

The Character of Korean Literature

Korean literature is usually divided chronologically into a classical and a modern period. But the basis for such a division is still being questioned. Great reforms swept Korea after the mid-19th century as its society actively absorbed Western things.

Korea’s classical literature developed against the backdrop of traditional folk beliefs of the Korean people; it was also influenced by Taoism, Confucianism, and Buddhism. Among these, Buddhist influence held the greatest sway, followed by enormous influences from Confucianism – especially Song Confucianism – during the Choson period.

Modern literature of Korea, on the other hand, developed out of its contact with Western culture, following the course of modernization. Not only Christian thought, but also various artistic trends and influences were imported from the West. As the “New Education” and the “National Language and Literature Movement” developed, the Chinese writing system, which had traditionally represented the culture of the dominant class, lost the socio-cultural function it had previously enjoyed. At the same time, the Korean script, Han-gul was being used more and more frequently, resulting in the growth and development of Korean language and literature studies. With the advent of the “new novel” (shinsosol) came a surge in novels written in the Korean script. Music and classical poetry, formerly fused together in a kind of a song called ch’anggok, were now viewed as separate endeavors. New paths opened up for the new literature. While Korea was importing Western culture via Japan or China, it was also carrying out literary reforms from within.

Linguistic expression and manner of transmission are issues of utmost importance in the overall understanding of Korean literature. Korean literature extends over a broad territory: literature recorded in Chinese; and literature written in Han-gul. These two aspects of Korean literature greatly differ from each other in terms of their literary forms and character.

Korean literature in Chinese was created when Chinese characters were brought to Korea. Because Chinese characters are a Chinese invention, there have been times in Korea’s history when efforts were made to exclude literature written in Chinese from the parameters of what constitutes Korean literature. But in the Koryo and Choson cultures, Chinese letters were central to Koreans’ daily lives. We also cannot overlook the fact that the literary activity of the dominant class was conducted in Chinese. While Chinese-centered ideas and values are contained in this literature – a feature shared by most of East Asia during this period – they also contain experiences and thought patterns that express the unique way of life of the Korean people.

The use of the Korean script began during the Choson period with the creation of the Korean alphabet (Hunmin Chong-um). The creation of the Korean alphabet in the 15th century was a crucial turning point in Korea’s literary history. Compared with the literature written in Chinese which was dominated by the upper classes, Korean script made possible the broadening of the literary field to include women and commoners. This expanded the social base of Korean writers and readers alike. The Korean script (Han-gul) assumed its place of leading importance in Korean literature only during the latter half of the 19th century. After the Enlightenment period, the use of Chinese letters swiftly declined and the popularity of Korean letters greatly increased. As soon as the linguistic duality of “Chinese” and “Native” within Korean life was overcome, literature in the Korean script became the foundation upon which the national literature developed.

Korea’s Classical Literature

Hyangga from the Shilla period

The Hyangga poetry of the Shilla period signaled the beginning of a unique poetic form in Korean literature. The Hyangga were recorded in the hyangch’al script, in which the Korean language was written using “sound” (um) and “meaning” (hun) of Chinese characters. Fourteen poems in the Hyangga style from the Shilla period have been preserved in the Samguk yusa (Memorabilia of the Three Kingdoms). This poetic form was passed down to the Koryo Dynasty, and 11 poems from that period are preserved in the Kyunyojon (Tales of Kyunyo). Observing the form of the extant poems, we see a variety of formal characteristics: 4-line, 8-line, and 10-line poems. The 4 line poems have the character of folk ballads or nursery songs. The 10-line poems, with the most developed poetic structure, are divided into three sections of 4-4-2.

It is difficult to make general determinations about the personalities of the Hyangga poets. But it is thought that the 4-line poems with their ballad-like attributes may indicate that the poets came from a broad range of backgrounds. Most of the 10-line poems were written by priests like Ch’ung Tamsa, Wol Myongsa, Yung Ch’sonsa, Yongjae and Kyunyo; they were also composed by the Hwarang (“flower warriors”), including Duk Ogok and Shin Chung. These warriors were the backbone of the Shilla aristocracy. The 10-line poems reflect the emotions of the aristocrats and their religious consciousness. From among the Hyangga, Sodong-yo (The Ballad of Sodong) is characterized by its simple naivet’e; the Chemangmaega (Song of Offerings to a Deceased Sister) and Ch’an-gip’arangga (Song in Praise of Kip’arang) boast a superb epic technique, and give fine expression to a sublime poetic spirit. These examples are accordingly recognized as the most representative of Hyangga poetry.

The Koryo Kayo (Koryo Songs)

The literature of the Koryo period is marked by an increased use of Chinese letters, the disappearance of Hyangga, and the emergence of Koryo kayo (Koryo songs) which continued to be transmitted as oral literature until the Choson period. The transmission of the Hyangga literature of Shilla was continued until the early part of Koryo but, as in the eleven verses of Kyunyo’s Pohyon shipchung wonwangga (Songs of the Ten Vows of Samantabhadra), these were mostly religious prayers with no secular or artistic flavor.

The new poetic form introduced by writers of the Koryo period was the Koryo kayo called pyolgok. The identities of most of the Koryo kayo authors are unknown. The songs were orally transmitted; only later in the Choson period were they recorded using the Korean script (Han-gul). This poetry has two forms: the “short-stanza form” (tallyonch’e) in which the entire work is structured into a single stanza; and the “extended form” (yonjangch’e) in which the work is separated into many stanzas. Chong Kwajonggok (The Song of Chong Kwajong) and Samogok (Song of Maternal Love) are examples of the short-stanza form, but the more representative Koryo kayo, including Ch’nongsan pyolgok (Song of Green Mountain), Sogyong pyolgok (Song of the Western Capital [P'yongyang]), Tongdong and Ssanghwajom (Twin Flower Shops), are all written in the extended form, and divided into anywhere from four to thirteen stanzas.

The Koryo Kayo are characterized by increased length and a free and undisciplined form. The bold, direct nature of the songs make them distinctive. They deal with the real world of humankind. But because the songs were transmitted orally over a long period and recorded only after the beginning of the Choson period, there is a strong possibility that they have been partially altered.

Shijo and Kasa

The creation of the Korean alphabet in the early Choson period was one of the turning points in the history of Korean literature. In the process of creating the Korean alphabet (Han-gul) and investigating its practicality, akchang (musical scores) were written in the Korean script, such as Yongbioch’bon-ga (Songs of Flying Dragons Through the Heavens) which celebrates the foundation of the Choson Dynasty(1392-1910), and which is complete with musical notation and instrumentation. These were written by the Hall of Worthies (Chiphyonjon) scholars who served the court officials. King Sejong also wrote Worin Ch’on-gangjigok (Songs of the Moon Lighting the Rivers of the Earth), a compilation in song of the life history of the Sakyamuni (Gautama Buddha), extolling praise for the Buddha’s grace. These series of poems were written in forms that had not existed in previous ages. They provided a great stimulus in the development of poetic literature.

The shijo (“current tune”) is representative of Choson period poetry. Its poetic form was established in the late Koryo period, but it flourished to a greater extent under the Choson period’s new leading ideology, Song Neo-Confucianism. The fact that a majority of the shijo poets were well versed in Confucianism, and that these poems of the late Koryo and early Choson periods for the most part dealt with the theme of loyalty, helps us to understand the historical function of the shijo.

The shijo has a simple, three-stanza structure: first, middle and last. Its three-stanza form is related to the structure of its poetic meaning, a fundamental requisite which prescribes its formal aesthetic. It is constructed in four feet, with each line containing three-to-four syllables, to make a total of about 12 feet. It is characterized by moderation in form and a slow, leisurely elegance. Despite its formal simplicity, its expressions are poetic and the poems achieve an esthetic wholeness. To this end, we may suppose that the shijo was widely loved by both the commoners and the yangban(gentry) class.

Centered around such authors as Maeng Sa-song, Yi Hyon-bo, Yi Hwang and Yi I, the shijo of the early Choson period represented “natural literature,” or kangho kayo, in which Confucian ideals were expressed using themes from nature. Following the style of Chong Ch’iol, Yun Son-do and others, the greatest shijo poets of their time, there emerged in the later Choson period poets like Kim Ch’mon-t’aek and Kim Su-jang who paved the way for the creation of new kind of poetry which incorporated elements of satire and humor. Collections of shijo were also compiled, such as Ch’eonggu yong-on (Enduring Poetry of Korea) by Kim Ch’ on-t’aek and Haedong kayo (Songs of Korea) by Kim Su-jang.

In the late Choson period, sasol shijo (“current tunes explained in words”) were developed to give simple form to the unaffected emotions of the commoners. The sasol shijo departs from the form of the original three-stanza p’yong (“flat”) shijo, in which the middle and final stanzas are arranged into four feet, and is characterized by increased length. Hence, the sasol shijo is also called the changhyong (“long form”) shijo.

The sasol shijo is distinct from the moderate from of the p’yong shijo in that it pursues a free and undisciplined form, and expresses the joys and sorrows of the commoners, as well as satirizes reality, making it comical.

It is said that the kasa and the shijo make up the two greatest forms of the Choson period poetry. The kasa is properly placed in the category of verse, but its content is not limited to the expression of individual sentiment. It often includes moral admonitions, and the subjects regarding “the weariness of travel” and “grief.” The kasa form is a simple verse form, with a “twin” set of feet of three to four syllables each, which are repeated four times. Because of the varying nature of its contents, there are some who view the kasa as a kind of essay, as in early Choson period kasa like Chong Kuk-in’s Sangch’un-gok (Tune in Praise of Spring); Song Sun’s Myonangjongga (Song of Myonangjong Pavilion); and Chong Ch’iol’s Kwandong pyolgok (Song of Kwandong), Samiin-gok (Song in Recollections of a Beautiful Woman) and Songsan pyolgok (Song of Mt. Songsan), and so on. These kasa have, as their main subject matter, the following themes: contemplation of nature for spiritual enlightenment; the virtues of the great gentleman who espouses anbin nakto (being content in poverty and delighting in following the Way); and the metaphor of love between a man and a woman to express loyalty between sovereign and subject. Later, following Pak Il-lo’s Sonsangt’an (Lament on Shipboard) and Nuhangsa (Words of the Streets), we find in the late Koryo period kasa themes like “travel abroad” as in Kim In-gyom’s Iltong chang-yuga (Song of a Glorious Voyage to the East of the Sun) and Hong Sun-hak’s Yonhaengga. Also, there were the naebang kasa (kasa of the women’s quarters) written by women. These gained wide popularity. In particular, the kasa of the latter period underwent changes in form, becoming both longer and prosaic.

The Classical Fiction

The first appearance of the classical fiction in Korea include Kim Shi-sup’s Kumo shinhwa (Tales of Kumo) which was written in Chinese characters and Ho Kyun’s Hong Kil-tong chon (Tale of Hong Kil-tong) written in Han-gul. After the turn of the 17th century, fictions like tale of Kumo shinhwa came to be even more actively produced, and a large-scale readership was formed at that time. Especially popular was the p’ansori (story-in-song), which appeared in the late 17th and early 18th centuries. A performance art, the p’ansori is rooted in heightened musical expressiveness. As its contents were “fictionalized” it also made great contributions to the development of the classical fiction. In the 18th and 19th centuries, the quality of these classical fictions increased in variety as well as in quantity. Also, book rental business thrived with the advent of commercial publishing .

The characters appearing in Kumo shinhwa embody the concept of chaejagain (“talented young man and beautiful woman”). It also employs to an extreme degree the style of aesthetic expression used in Chinese letters. Along with these characteristics, Kumo shinhwa also shows aspects of the mysterious fiction (chon-gisosol) in that its contents are of a mysterious nature and distant from reality. In the mid-Choson period, works with parable-like characteristics were published, such as Im Je’s Susongji (Record of Grief) and Yun Kye-son’s Talch’on mongnyurok (Record of a Dream Adventure to Talch’on). But with the coming of the late Choson period, authors like Pak Chi-won and Yi EOk wrote realistic fictions in Chinese. Pak Chi-won’s Hosaengjon (The Tale of Scholar Ho), Yangbanjon (A Yangban Tale), Hojil (The Tiger’s Roar) and Yi’s Shimsaengjon (Tale of Scholar Shim), for example, all depart from the orthodox conventions of classical Chinese literary studies and introduce a variety of characters such as merchants, men of wealth, thieves and kisaeng (female entertainers). They are sharply critical of a manifold social problems and often ridicule various aspects of daily life. This kind of fiction, together with the fiction in Han-gul of the later Choson period, opened up new paths for fiction writing.

After the creation of the Korean alphabet, an abundance of fictions were written in Han-gul, beginning with Ho Kyun’s Hong Kil-tong chon and including works like Kim Man-jung’s Kuunmong (Dream of the Nine Clouds) and Sassi namjonggi (Record of Lady Sa’s Southward Journey). Hong Kil-tong chon strongly opposes the ruling class’ discrimination of children born of the union between a yangban and a concubine. It shows a high level of social concern and criticizes the absurd aspects of the everyday reality of the times.

In the late Choson period, the p’ansori fiction (p’ansori gye sosol) emerged, based on the orally transmitted art form. P’ansori fictions like Ch’unhyangjon (Tale of Ch’un-hyang), Shimch’oongjon (Tale of Shimch’yong), and Hungbujon (Tale of Hungbu) do not deal with superhuman characters, but make use of human stereotypes of the period. Most of these fictions center around casual relationships from real-life experience, rather than coincidence. In addition to being a mixture of verse and prose, the writing style also combines refined classical language and the vigorous slang and witticisms of the common people. Throughout these works, we are given a broad picture of the social life of the late Choson period. In addition to these works, other Choson period fictions record the private affairs of the court, such as Inhyon Wanghujon (Tale of Queen Inhyon) and Hanjungnok (Record of Leisurely Feelings).

The Modern Literature of Korea

The Literature of the Enlightenment Period

Korean modern literature was formed against the background of the crumbling feudalistic society of the Choson Dynasty, the importation of new ideas from the West, and the new political reality of rising Japanese imperial power in East Asia. The first stage in the establishment of Korea’s modern literature extends from the mid-19th century to the early 20th century, and is designated as the literature of the Enlightenment (kaehwa kyemong) period.

The change from traditional to modern literature during the Enlightenment period was largely due to the effects of the New Education and the Korean Language and Literature movement. After the Kabo Reforms of 1894, a new brand of education was enforced, new Western-style schools were established, and new textbooks for teaching Western knowledge were published. The literature of the Enlightenment Period secured its social base through newly emerged media like newspapers. Most newspapers, including the Tongnip Shinmun (The Independent), Hwangsong Shinmun (The Imperial City Newspaper), Taehan maeil Shinbo (Korean Daily News), Cheguk Shinmun (Imperial Newspaper), Mansebo (The Forever Report), Taehan minbo (The Korean People’s Report) all published serial novels, as well as shijo, and kasa. It was at this time that a class of professional writers also began to form. Commercial publishing of literary works became possible with the introduction of new printing techniques and the emergence of publishing companies.

In this period, the ch’angga (new type of song) and the shinch’eshi (new poetry) were hailed as the new poetic forms. They contributed greatly to the formation of the modern chayushi (free verse poem). Receiving their influence from free verse poetry, the shinch’eshi abandoned the fixed meter of traditional poetry, thus making new genres possible in poems like Ch’oe Nam-son’s Hae egeso sonyon ege (From the Sea to the Youth) (1908), Kkot tugo (Laying Down the Flowers) and T’aebaeksan shi (Poems of Mt. T’aebaeksan). But despite the novelty of the new forms, there were also many instances where the poetic voice was politicized, a sharp contrast to the lyric poetry of old, which gave primary expression to individual sentiment and feeling.

This period also saw the emergence of many biographical works based on enlightenment tastes, designed to cultivate patriotism and awaken the national consciousness. Representative works include, Aeguk puinjon (Tale of the Patriotic Lady) (Chang Ji-yon, 1907) and Elchi Mundok (Shin Ch’ae-ho, 1908). The biographies presented images of the kind of hero called for by the realities of the period. An Kuk-son’s Kumsu hoeuirok (Notes From the Meeting of the Birds and Beasts) (1908) is the representative of this kind of work: it centers around the orations of animals who criticize the human world’s moral depravity.

While a professional class of writers began to be formed by men like Yi In-jik, Yi Hae-cho, Ch’oe Ch’an-shik and Kim Ko-je, a new literary form called the shinsosol (new novel) secured a popular readership base. Yi In-jik’s Hyoluinu (Tears of Blood) (1906) and Ensegye (The Silver World) (1908), were followed by Yi Hae-cho’s Kumagom (The Demon-Ousting Sword) and Chayujong (The Freedom Bell). Ch’oe Ch’an-shik’s Ch’uwolsaek (The Color of the Autumn Moon) (1912) is also a well-known work. The shinsosol, all written in Han-gul, achieved mass popularity. These novels portrayed Enlightenment ideals against the background of the realities of contemporary life, and the unrealistic, transcendental worlds of old are not found in their plots. It was in the shinsosol that “time reversal” was first applied as a structural technique. The authors also adopted a vernacular prose style that brought them closer to the form of the modern novel. However, in the wake of the Japanese takeover of Korea in 1910, the character of the shinsosol began to change. The later works gave more weight to the fates of individual characters, and commonplace love-struggles became more prominent.

Literature of the Japanese Colonial Period

Korea suffered a great deal under Japanese colonial rule (1910-1945). Coercing the Korean government to conclude the Korean-Japanese Annexation Treaty, Japan then installed a Governor-General in Korea and enforced military rule. Restrictions governing speech and publications were especially severe. As a result, Korea’s spirit of self-reliance and independence, together with its will to proceed with the Enlightenment ideals, no longer could find expression in its literature.

The Korean literature of the Japanese colonial period began with the March First Independence Movement of 1919. It was during this period that the Korean people began to exhibit a more positive attitude in coping with their national situation. Strengthened by feelings of national self-awakening which had been stirred up by the March First Independence Movement of 1919, the literature of that period began to show an interest in themes of self-discovery and individual expression, as well as an increased interest in concrete reality. Literary coterie magazines emerged, like Ch’angjo (Creation) (1919), P’yeho (The Ruins) (1920), and Paekcho (White Tide) (1922), and literary circles formed. With the publication of magazines like Kaebyok (The Opening) (1920), creative literary efforts also began to become more actively developed. In particular, the publication of national newspapers, like the Dong-A Ilbo and the Chosun Ilbo, contributed toward establishing a broad base of support for artistic endeavors.

In the early 1920s, the base support for Korea’s modern literature began to expand as people experienced a renewed self-awakening and recognition of their national predicaments in the wake of the March 1919 uprising. The novels of this period describe the sufferings of the intellectual who drifts through reality, and expose the pathetic lives of the laborers and farmers. Yi Kwang-su’s short story Sonyonui piae (The Sorrow of Youth) in which he writes of the inner pain of the individual, was followed by his full-length novel Mujong (Heartlessness) (1917), the success of which placed him at the center of Korean letters. Mujong was not thoroughgoing in its apprehension of colonial period reality, but as a novel combining the fatalistic life of the individual with the Zeitgeist of the period, it is recognized as being modern in character. With Paettaragi (Following the Boat) (1921) and Kamja (Potatoes) (1925), Kim Tong-in also contributed greatly to the short-story genre. In it, he minutely describes in realistic detail the shifting fates of man. Hyon Chin-gon’s Unsu choun nal (The Lucky Day) (1924) is also a work which employs superb technique in describing people coping with the pain of their reality. Yom Sang-sop’s P’yobonshilui ch’nonggaeguri (Green Frog in the Specimen Gallery) (1921) deals again with the wanderings and frustrations of the intellectual; and in Mansejon (The Tale of Forever) (1924), Yom gives expression to the colonial realities of a devastated Korea.

The poetry of this period also established a new and modern Korean poetry as it borrowed from the French techniques of vers libre. Both the free verse of Chu Yo-han’s Pullori (Fireworks) (1919) and Kim So-wol’s poetry collection Chindallae kkot (Azaleas) (1925) made enormous contributions toward establishing the foundations of modern Korean poetry. Kim reconstructed the meter of the traditional folk ballad, successfully giving poetic shape to a world of sentiment. Yi Sang-hwa, in his works entitled Madonna (Madonna) and Ppaeatkin Turedo pomun onun-ga (Does Spring Come to Those Who Have Been Plundered?), attempted to come to terms with the suffering of the age and the agony of the individual, through the poetic recognition of the realities of colonialism. Based on Buddhist thought, Han Yong-un, in his Nimui ch’immuk (Thy Silence) (1926) sang of “Thou” as an absolute existence, and tragically compared the reality of Koreans’ loss of their nation to that of the loss suffered by a woman who must endure the separation of her loved one or husband.

In the mid-1920s, Korean literature was divided into national and class literatures, in accordance with the democratic and socialist ideals that were popular that time. By 1925 the class literature movement began to solidify with the organization of the Korea Proletarian Artist’s Federation (KAPF). The proletarian literature movement, by expanding its organization and targeting the elevation of class consciousness through literature, sought to strengthen class ideology in society. In order to achieve mass support from the farmers and laborers, it poured its energies into the creation of a “labor literature” and a “farmer literature.” Most notable of this kind of novel include Ch’oe So-hae’s T’alch’ulgi (Record of an Escape) (1925), Cho Myong-hui’s Naktonggang (The Naktonggang river) (1927), Yi Ki-yong’s Kohyang (Hometown) (1934), and Han Sol-ya’s Hwanghon (Twilight). These works are for the most part based in class consciousness and emphasize the struggles against colonialism, with farmers and laborers playing the central protagonists in that struggle. In the case of poetry, Pak Se-yong, Im Hwa and Kim Ch’ang-sul all took aim at the class contradictions under colonialism and published many “tendency poems” (kyonghyangshi) emphasizing the consciousness of class struggle.

During the 1930s, Korean literature underwent important changes as Japanese militarism was strengthened and ideological coercion began to be applied to literature. Pursuit of the communal ideology, which until that point had formed the course of Korean literature, became a thing of the past. New and various literary trends began to emerge.

Many novels written during this period experimented with new styles and techniques. In Nalgae (Wings) and Chongsaenggi (Record of the End of a Life), for example, Yi Sang used the technique of dissociation of the self from the world around him. Yi Hyo-sok’s Memilkkot p’il muryop (When the Buckwheat Flowers Bloom) and Kim Yu-jong’s Tongbaek kkot (Camellia Blossoms) are counted as masterful works of this genre. Also, Pak T’ae-won’s Sosolga Kubossiui Iril (Days of Kubo the Novelist) (1934) and Yi T’ae-jun’s Kkamagwi (The Crow) (1936) opened up new vistas for the novel with their new stylistic sensibilities. In these novels, novelistic space grows from within the interior of the self. By contrast, the full length novels of Yom Sang-sop’s Samdae (The Three Generations) (1931), Pak T’ae-won’s Ch’eonbyon p’unggyong (Views by the Riverside) (1937), Ch’ae Man-shik’s T’angnyu (The Muddy Stream) (1938), and Hong Myong-hui’s Im Kkok-chong chon (Tale of Im Kkok-chong) (1939), all narrate the story of the lives of their characters against the backdrop of Korea’s tumultuous history.

The modernism movement is the most impressive feature of the poetry of this period. It emerged as sunsushi (pure poetry). The pioneering poems of Chong Chi-yong and Kim Yong-nang embody poetic lyricism through intricate linguistic sensibility and refined technique. Yi Sang, in particular, played a central role in the development of this new kind of experimental poetry. Also, aligned with this movement was the so-called Saengmyongp’a (the life poets) movement which included writers like So Chong-ju and Yu Ch’i-hwan. Another significant trend during this period was the nature-poems of Pak Tu-jin and Pak Mok-wol, among others. The poetry of Yi Yuk-sa and Yun Dong-ju was also important in that it captured the emotion of the people in their resistance to Japanese imperialism.

Literature of the Period of National Division

After the liberation from the Japanese in 1945, Korea became embroiled in the political maneuvers of the World Powers, and the division into South and North became unavoidable. This division in political thought also made a significant impact on the literary world, as the factionalism and struggles began to occur between Southern and Northern literatures. The Korean War(1950-1953) was a tragic interim which solidified Korea’s division into South and North. Postwar Korean society’s emergence from the wounds and chaos of that war had a considerable impact on the development of Korean literature.

For the most part, the postwar novel in South Korea deals with the struggles of the Korean people to achieve deliverance from their national pain and anguish. The writings of Kim Tong-ri and Hwang Sun-won are representatives of this new type of literature. Also included in this genre is An Su-kil, whose novel Pukkando (1959) portrays the pioneering fortitude and steadfast spiritual power of Koreans who migrate to Manchuria. In addition, many of the postwar generation writers took as their predominant theme the collapse of the traditional socio-moral value systems, as seen in Oh Sang-won’s Moban (Revolt) (1957) and Son Ch’ang-sop’s Injo in-gan (Artificial Man) (1958). Pak Kyong-ri’s Pulshin shidae (The Age of Mistrust) (1957), Chong Kwang-yong’s Kkoppittan Li (Captain Lee) (1962) and Yi Bom-son’s Obalt’an (A Bullet Misfired), in particular, deal squarely with the chaos and moral collapse of postwar society. Yi Ho-ch’iol’s Nasang (The Nude Portrait) (1957) and Ch’oe Sang-gyu’s P’oint’du (Point) (1956) describe people living their lives in a veritable pit of bleak reality.

The search for a new poetic spirit and technique was also a significant feature of Korea’s postwar poetry. Among the postwar trends was the Chont’ongp’a (traditionalists), movement, marked by a style rooted in traditional rhythms and folk sentiment. The centrality of individual sentiment and sensibility in the Chont’ongp’a, combined with the traditional rhythmic base, brought a broad, folkish sentiment into the realm of poetry. In addition to Pak Jae-sam, whose P’iri (Flute) and Ulum i t’anun kang (The Saddened River) was inspired by the world of traditional sentiment and folk feeling, Ku Ja-un, Yi Tong-ju and Chong Han-mo were also significant contributors to this movement. Another trend in postwar poetry was the Shilhomp’a (experientialists) who, while venturing to bring new experiences to poetic language and form, concentrated on changing the tradition. Kim Kyong-rin, Pak In-hwan, Kim Kyu-dong, Kim Ch’a-yong and Yi Pong-rae, as well as a coterie of writers called the Huban-gi (The Later Years), were central to this new postwar modernist movement. In particular, Pak Pong-u and Chon Pong-gon, brought critical recognition and a satirical approach to social conditions through poetry.

At the close of the 1950s, writers like Kim Sung-ok, Pak T’ae-sun, So Jong-in, Yi Ch’song-jun, Hong Song-won and Ch’oe In-hun made their literary debut. Ch’oe In-hun’s Kwangjang (The Square), for example, gave expression to the agony, wanderings and frustrations of the intellectual using a unique novelistic structure. Kim Sung-ok, in his Seoul 1964, Kyoul (Seoul, 1964, Winter), wrote about the life of the petit bourgeois.

Shortly after the April 19th Revolution of 1960, poetic trends also changed. Poets like Shin Tong-yop and Kim Su-yong emphatically rejected the sentimental escapism of the postwar period and began to advocate the necessity to engage its readership with the political reality of the times. Kim Su-yong’s Tallara Cui changnan (The Prank of the Moonland) (1959) and Shin Tong-yop’s long poem Kumgang (The Kumgang river) (1967) for example, both express this new realistic sensibility by advocating the view that poetry become a significant means for political expression.

During the 1970s, Korean society found itself in the throes of rapid industrialization in which the gap between the rich and the poor, as well as regional disparities in industrial development, became markedly visible. As the political angst among the people increased, a new anti-establishment literary movement exploded onto the scene. The most important characteristic of the Korean novel during this period was its positive concern for various social problems which began to appear during the industrialization process. Yi Mun-gu’s Kwanch’on sup’il (Kwanch’on Essays) (1977), for example, portrays the actual conditions of farmers who were neglected and became impoverished in the midst of the industrial development of the nation. The lifestyles of Seoul’s “border citizens” (those living in the outskirts of the city) and the labor scene were also vividly portrayed in Hwang Sok-yong’s Kaekchi (The Strange Land) (1970) and Samp’o kanun kil (The Road to Samp’o) and Cho Se-hui’s Nanjang-iga ssoa ollin chagun kong (Small Ball Thrown by a Dwarf) (1978). Clearly, these novels opened up new possibilities for the “labor” novel as they gave new expression to the depravities and sufferings borne by the lives of the laborers in Korea during this period in history. Yi Ch’Song-jun’s Tangshindul Cui ch’ion-guk (Your Heaven) (1976), Chaninhan toshi (The Cruel City) (1978) and O jong-hui’s Yunyon Cui ttul (The Garden of Childhood) (1981), all examine the theme of human isolation and alienation which marked these laborers’ experiences of industrial development. The social satire apparent throughtout Pak Wan-so’s Hwich’aonggorinun ohu (The Reeling Afternoon) (1977) and Ch’oe Il-lam’s T’aryong (The Tune) (1977) are representative of important tendencies in the novel of this period.

There also emerged during this period what has been referred to as the “division novel” (pundansosol) which brought to the fore a critical examination of national division. Kim Won-il’s Noul (Sunset)(1978), Chon Sang-guk’s Abeui kajok (Abe’s Family) (1980) and Cho Jong-rae’s T’aebaeksanmaek (The T’aebaeksan Mountains) are representative of this new type of novel. Also noteworthy is the roman-fleuve, like Pak Kyong-ri’s T’oji(The Land), judged to be one of the most important achievements of modern Korean literature.

In the realm of poetry, the works which centered around the experiences of the minjung (roughly translated “oppressed people” or “oppressed masses”) most clearly defined the poetic trends of the times. Shin Kyong-rim’s Nongmu (Farmer’s Dance) (1973) and Ko EUn’s Munui maule kaso (Going to Munui Village) (1974), for example, both clearly demonstrate this concern for the lives of the minjung (people). Kim Chi-ha’s T’anun mongmarum uro (Towards a Thirst) (1982), in particular, gave expression to the fighting spirit of the minjung in its struggle against industrial exploitation.

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Réflexions sur l’âme coréenne

Jean Hourcade, ancien attaché culturel près l’Ambassade de France à Séoul
Ancien vice-président de l’Association France-Corée
(À l’époque de l’article: Chef du Secteur Asie de la Direction des Relations Internationales de la Mairie de Paris)

Il est difficile à un diplomate exerçant dans un pays de parler à cœur ouvert de ce qui constitue la réalité profonde de ce pays telle qu’il la ressent, car il s’agit de l’identité même de ses hôtes, de ce qu’il y a d’inné en eux, de leurs parents “qu’on ne choisit pas”, de leurs aspirations, des particularités de comportement que leur histoire leur a fait acquérir, de l’image qu’ils donnent ou croient donner devant Dieu et devant les hommes, image nécessairement différente dans le regard de l’étranger.

C’est encore plus difficile pour quelqu’un qui comme moi a abordé ce continent par un pays voisin que la nature des choses ou le hasard de l’histoire a fait, pour la Corée, le grand miroir, c’est à dire, l’image inversée d’elle même, et réciproquement.

Mais je vais tirer profit de mon double handicap : ayant justement pour fonction première d’être l’observateur culturel de ce pays pour le compte du mien, et étant proche, par mon expérience récente, du Japon voisin je vais essayer de communiquer à mes amis coréens l’impression qu’ils offrent à leurs visiteurs au regard neuf.

© 2002-2008 Office National du Tourisme Coréen.

Ce Pays est Yang
Quand on arrive ici de l’archipel voisin où tout est eau, bois et flou délibéré, sauf les horribles cités bétonnières, on remarque tout de suite que le roc affleure, on touche au minéral, au solide. L’air vibre sous le ciel pur. L’horizon est net. Plus de brumes indécises. Les arêtes saillent au sommet des montagnes et à l’angle des demeures de bonne pierre. On n’a pas ici cette peur du contact physique qui explique les courbettes japonaises ; la poignée de main est franche, la voix est forte, le verbe est haut, les sonorités sont claires.

On aime ici les couleurs vives, là-bas les teintes discrètes. On aime ici le bruit, partant la musique et les choeurs, les voix qui se mêlent comme un hymne à la vie et à la joie. On préfère là-bas le silence, à peine rehaussé, sanctifié, par le clapotis d’une vague ou le chuintement d’une source artistement canalisée peut-être à travers les mousses d’un jardin.

On aime ici les saveurs fortes, là-bas la cuisine presque fade à force de délicatesse sur des papilles affinées ; dans les deux cas pourtant à partir des mêmes ingrédients.

Bref, deux pays, deux natures ayant choisi des directions opposées dans leur préhension du monde sensible, des données immédiates de leur environnement. Deux manières opposées de chanter la beauté des choses et le bonheur d’exister ; voilà la conclusion d’un ami orientaliste, spécialiste du boudhisme coréen mais demeurant au Japon, et moi-même, tirions ces jours derniers de notre expérience commune de Français d’Extrême-Orient.

Dans la vie de l’esprit et de l’art, ces données de base de la nature et du peuple coréens se vérifient à chaque pas. Il est patent que tout ce qu’on a entrevu dans l’archipel voisin en fait de boudhisme, de poterie ou d’art traditionnel est parti d’ici ; ou reparti après l’escale chinoise, pour clamer le message au delà des mers. Corée : pont entre le bouillonnement fécond et désordonné du continent et les terres extrêmes du grand large ; pays péninsulaire déchiré entre l’évidence continentale et son rêve d’être une île ; entre la multitude inquiétante du grand Sud, ventre maternel de l’Asie, et la pureté mythique des races du Grand Nord et des steppes ; entre son hiver boréal, le temps du regard fendu sur la glace aveuglante, dans la bise qui cisaille les joues, et les touffeurs d’un été de chaudière où les prunelles s’alanguissent vers des horizons océaniens ; pays péninsulaire perpétuellement déchiré entre les deux couleurs de son drapeau, opposées, face à face, comme tant d’autre chose ici, comme deux béliers emmêlés corne contre corne.

Un des temps forts de ma découverte de cette terre, revisitée après plusieurs années d’absence et retrouvée comme chaque fois avec cette impression d’y respirer mieux, fut la révélation, Kyongju, de la grotte de Sokkuram.

Après une montée facile mais dans l’air glacé, je me trouvais, à l’aube, devant la face parfaite du Boudha. Les premiers rayons du soleil, presque d’un seul coup, réchauffèrent ma peau. Sentiment immédiat de bien être venant de l’Est face à la conscience de tout, adossée à l’Ouest. Cœur de la Corée de granit, joyau de cette terre dressé justement face à l’ennemi des anciens âges d’où venait chaque matin, paradoxalement, la clarté ; tout était là ; ce paradoxe justement d’un pays fécond parce que conflictuel, interface de cultures, zone de fracture donc d’échanges et de création.

Puique j’ai pris le parti périlleux (et discutable) de la comparaison, n’a-t-on pas vu percer sous mes propos un autre élément de comparaison avec la Corée ? Je veux parler de ma France à la fois gauloise et latine, et aussi germanique, point de rencontre et de passages incessants, éternellement hésitante entre le désir narcissique d’auto-suffisance dans sa culture de nation centrale en Europe, et l’évidence de sa nature de pays mêlé, métis, jamais fini, recréé chaque jour.

Je suis un Français du Sud, un Gaulois des montagnes (mais je pourrais aussi bien être Breton), et les odeurs fortes de votre cuisine me rappellent bien des choses. Nous sommes aussi pour l’Europe du Nord, sinon la source, du moins le pont par lequel a transité la culture classique de l’occident latin, où elle s’est adaptée à d’autres climats que celui de la Méditerranée primordiale.

Les fermes de mon pays sont aussi en bonne pierre solide. Nous sommes aussi le pays de la terre lourde et des montagnes rocailleuses, des hivers interminables sous la neige où les idées fermentent sous les bérets, mais aussi où, à la veillée et aux fêtes, on se retrouve pour chanter à quatre ou cinq voix des chants qui, plus que jamais, me font briller les yeux, et dont j’ai ici, en Corée, des enregistrements pour les soirs de vague à l’âme ; nostalgie et persévérance, devise paraît-il des Capricornes, qui pourrait être un assez bon symbole des gens de Corée comme de mes congénères.

Pourtant, une différence au moins, et de taille ; pas de confucianisme chez nous même si, comme tous les vieux pays, nous avons le respects des choses anciennes. À mes yeux – j’ose le dire franchement – l’excès de la morale confucéenne a considérablement handicapé la Corée dans son histoire et ses conflits. Le caractère figé, presque uniquement vertical, de ce que le confucianisme est devenu a longtemps empêché la critique, le mouvement, l’échange, donc la vie. Trop souvent, j’ai eu ici l’impression qu’on n’est que ce qu’on paraît, c’est à dire ce qui est écrit sur sa carte de visite, outil indispensable à la conversation puisqu’on ne sait comment s’adresser aux gens avant de l’avoir lue.

Chez nous tant la tradition de l’humanisme gréco-latin que le christianisme nous ont appris que la personne humaine est première et que le juge suprême en dernier ressort, c’est Dieu, ou soi-même, sa propre conscience, et non pas vraiment la société. Malgré les inconvénients sociaux de cet a priori, celui-ci a, je crois, été à l’origine de la grande fécondité de notre culture française, fondée sur l’idé de liberté individuelle de l’homme et non de devoir envers un système.

Pourtant, le confucianisme n’a pas été seul en Corée. Il y eu, on l’a vu, le rayonnement, primordial en Orient il y a mille ans, du boudhisme coréen, de même que le chamanisme autochtone, guère éloigné d’ailleurs de certaines pratiques dites “païennes” encore vivantes dans certains coins de nos campagnes françaises.

Et il y a eu le christianisme, dernier venu dans ce bouillon de culture et qui a su tirer parti, justement, de l’absence de religion dominante.

Je voulais en venir là aussi : si le Pape, en 1984, est venu ici canoniser d’un coup une centaine de saints coréens, ce n’est pas un hasard. La France est avec l’Espagne, l’Italie et maintenant la Corée, en tête des pays ayant donné à l’Église Catholique le plus grand nombre de saints.

Quelle que soit la foi à laquelle on adhère, c’est qu’il est évident que vous êtes, comme nous, un pays qui élève l’âme ; un pays conflictuel, divisé de plusieurs manières ; pays, comme le nôtre, d’une certaine douceur de vivre sans cesse contrariées par les invasions d’une histoire tragique, pays qui sent l’ail, serre les mains et parle haut ; pays atypique dans sa zone et pourtant central ; pays incommode et provoquant, le cœur sur la main ou le poing serré ; pays qui pourrait bien jouer au rugby et capable, comme nous, de cogner fort dans la guerre ; pays qui rêve toujours d’un paradis perdu et d’une éternelle Renaissance ; vieux pays terrien face aux perfidies de la mer ; pays de fous, donc pays d’artistes ; pays violent donc pays de saints…

(source : http://pagesperso-orange.fr/france-coree/art_lit/ame_coreenne.htm)

« Coréen à emporter » !

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Doshilac
6 avenue de Paris
94380 Bonneuil sur Marne
Tel: 01.43.77.54.43 ou 06.25.22.75.65

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Une vérité historique

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Pendant l’occupation de la Corée par le Japon lors de la seconde guerre mondiale, près de 200 000 Coréennes ont été kidnappées, déportées, violées, battues, tuées, abandonnées. Peu en ont réchappé, et les survivantes sont restées blessées, physiquement et psychologiquement.
Jung Kyung-a, jeune auteure coréenne, raconte avec ce livre l’histoire vraie de ces «femmes de réconfort», envoyées dans les camps de l’armée japonaise pour y servir d’esclaves sexuelles. Les ouvrages abordant ce sujet douloureux de l’histoire commune du Japon et de la Corée restaient jusqu’ici des travaux académiques et universitaires s’adressant surtout aux chercheurs.
Femmes de réconfort relate les destins poignants d’un médecin japonais chargé de la santé des détenues, d’une fille de colon hollandais et d’une jeune Coréenne, ces deux dernières étant toujours vivantes aujourd’hui. Tout en restant précis et documenté, ce récit expose désormais, par le biais de la bande dessinée, la réalité de ce drame au grand public.

Jung Kyung-a a été lauréate en 2001 du prix Korea Publishing Cartoon Compétition pour son premier manga Padam Padam, qui racontait la vie d’Edith Piaf. En 2003, le conflit en Irak la sensibilise à l’impact des guerres sur les femmes et elle commence à travailler sur Femmes de réconfort.

Extrait du livre :
Comme le titre le révèle, cette bande dessinée est l’histoire des ‘femmes de réconfort de l’armée impériale japonaise. Celle-ci a kidnappé les femmes des pays qu’elle a occupés et en a fait des esclaves sexuelles. Elle a appelé ‘femmes de réconfort’ les proies de ce vaste plan de viol. La guerre est finie mais la vérité sur ces femmes a été bien cachée pendant cinquante ans. Le Japon voulait évidemment étouffer cette affaire et le climat de guerre froide dans la politique internationale a contribué à relativiser les crimes de guerre commis par le Japon.
De plus, les pays victimes de ces crimes, surtout la Corée, ne voulaient pas révéler ce dossier à la libération. Finalement, les Halmuny directement concernées ont dépassé leur humiliation et pris les devants. C’est ainsi que l’affaire des ‘femmes de réconfort’ a pu ressurgir à la surface de l’Histoire.

Ces femmes, qui ont témoigné sur leur passé de victimes en retrouvant leur fierté après la honte et le dégoût de leur personne, incarnaient l’émotion même. Grâce à leur courage, les ‘femmes de réconfort’ de l’armée japonaise sont devenues une réalité désormais connue dans la société.

Mais la réalité d’un fait, après avoir été constatée, risque toujours de tomber dans le piège de la simplification. Ce processus naturel qui empêche la progression de la réflexion n’exclut pas la question des ‘femmes de réconfort’. Les Japonais qui rendent visite aux Halmuny retournent dans leur pays les bras chargés de documents alors que les jeunes Coréens ne prennent pas la peine de se documenter et se contentent d’exprimer tristesse et colère. Les Coréens semblent considérer cette affaire de manière encore superficielle et unilatérale.

La plupart d’entre eux, par exemple, n’accordent d’importance ni aux circonstances sociales et historiques qui ont permis le système des ‘femmes de réconfort’ de l’armée japonaise, ni au fait qu’elles existent toujours dans la société actuelle. Aussi, on ne s’attarde pas sur les erreurs des Coréens qui ont négligé ces événements pendant une cinquantaine d’années après la libération

http://www.audiable.com/

A l’ombre du temple…

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Daewongbojeon
http://eng.uljin.go.kr

« La Corée dynamique »

Une illustration… pour admirer et réfléchir

Parfois, il est bon de ne pas trop écrire et juste contempler…
Pour vous y aider… une illustration… coréenne, bien sûr !…

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et un choix de musique traditionnelle coréenne !

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