Discours de Frédéric Mitterrand, prononcé à l’occasion des Rencontres nationales de la librairie à Lyon

 

Monsieur le président du syndicat de la librairie française, cher Benoît Bougerol,
Monsieur le président de la fédération des libraires en région, Jean-Claude Duqueyroix,
Monsieur le président du syndicat national de l’édition, cher Antoine Gallimard,
Monsieur l’adjoint au maire de Lyon chargé de la culture, Georges Kepenekian,
Monsieur le président de l’école normale supérieure de Lyon, Olivier Faron

Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous cet après-midi dans le
cadre de ces rencontres nationales de la librairie.

L’organisation de ce temps de réflexion collective est une initiative
particulièrement heureuse, que je tiens à saluer. Il me semble en effet
nécessaire et urgent de replacer la librairie au centre des débats sur
l’avenir de la filière du livre.

Le rôle irremplaçable joué par les libraires dans notre vie culturelle et
intellectuelle n’est à mon sens pas assez reconnu et valorisé.

Sachez l’attention, sachez la reconnaissance, que je porte aux libraires de
ce réseau unique au monde, qui contribue à promouvoir le livre dans toute
sa diversité, et participe de la manière la plus essentielle à la vitalité de nos
territoires et de notre démocratie.

Je sais combien le métier qui est le vôtre est difficile. Je sais qu’il ne peut
être exercé que par des hommes et des femmes de passion, militants
discrets mais ô combien précieux du livre, de la lecture et de la
transmission. Je sais aussi combien les motifs d’inquiétude sont
aujourd’hui nombreux.

L’étude sur la situation économique et financière des librairies
indépendantes, dont la synthèse a été présentée le matin, dresse un
tableau très sombre et doit constituer un signal d’alarme tant ses
perspectives sont préoccupantes.

Cette étude, qui mériterait d’être reconduite à intervalle régulier, met en
avant trois tendances profondes affectant la librairie indépendante : le
chiffre d’affaires est en recul, les charges s’alourdissent et la rentabilité
s’effrite. Bien sûr, il ne s’agit là que des tendances moyennes et l’étude
montre que certains commerces connaissent des évolutions plus
favorables : les librairies les plus importantes ainsi que celles qui
investissent dans un travail qualitatif marqué, notamment les librairies
labellisées.

Cependant, il faut se rendre à l’évidence : un grand nombre de librairies en
France sont aujourd’hui dans une situation économique et financière très
précaire, qui conduit les auteurs de l’étude à pronostiquer une accélération
de l’érosion du tissu des libraires.

Nous célébrons cette année les trente ans de la loi sur le prix du livre.

Cette loi avait pour finalité de maintenir, sur l’ensemble du territoire, un
réseau dense et varié de détaillants du livre afin de préserver la diversité
éditoriale. En effet, une partie de l’édition ne trouve son public que grâce
au travail de promotion, d’animation et de conseil qui est pris en charge par
la librairie indépendante. Si le réseau des librairies est menacé, c’est aussi
une partie importante de l’édition, notamment l’édition de création en
littérature et en sciences humaines, qui est en danger.

Scellant l’union d’intérêt qui lie éditeurs et libraires autour d’engagements
qualitatifs, la loi Lang a structuré vertueusement notre économie du livre
depuis 30 ans. Elle n’a pas eu les effets pervers que ses détracteurs
voulaient bien lui trouver, en particulier l’inflation des prix de vente au
détail. Cette grande et bonne loi reste aujourd’hui nécessaire. Ma
conviction, pour autant, est qu’elle ne suffit plus à elle seule à atteindre
tous ses objectifs.

Je souhaite donc développer avec vous un plan d’action en faveur de la
diffusion du livre, mobilisant tous les acteurs concernés, les libraires, bien
sûr, mais aussi les éditeurs, les collectivités locales, les établissements
publics et, bien entendu, l’État.

Notre responsabilité collective est d’y prendre notre part avec le plus grand
engagement.

Je crois tout d’abord que face à la dégradation de leur situation et devant
une concurrence accrue venant de toutes sortes d’opérateurs, les libraires
doivent s’organiser tout en conservant leur indépendance. À cette fin, ils
peuvent poursuivre et approfondir les démarches de mutualisation qui ont
été entreprises sur des sujets stratégiques communs, que ce soit à
l’échelon régional ou national.

À ce titre, je tiens à saluer le travail de dialogue social et d’organisation qui
a permis d’aboutir à la nouvelle convention collective des métiers de la
librairie. Ce travail est d’autant plus méritoire que la charge du personnel
représente un poste exceptionnellement élevé dans l’économie de ces
commerces de détail.

Par ailleurs, certaines réalisations qui se sont déjà fait jour autour des
problématiques du transport du livre sont très concluantes. Elles
mériteraient d’être mises en avant et reprises largement.

Les libraires doivent également mettre en commun leurs efforts pour
mettre en place un système renouvelé de formation professionnelle, qu’elle
soit initiale ou continue. Cette exigence répond à la fois au haut niveau de
qualification attendue du personnel de librairie comme à la grande
réactivité nécessaire à des entrepreneurs dans un secteur en mutation.

Des modalités intéressantes d’organisation et de mutualisation sont aussi à
approfondir autour des marchés publics de livres, notamment à travers les
groupements momentanés d’entreprises et les groupements d’intérêt
économique. Dans ce domaine, l’union peut faire la force face à un appel
d’offres local trop élevé pour pouvoir susciter la candidature d’une librairie
isolée.

Enfin, l’enjeu le plus aigu est celui de la modernisation des infrastructures
et de l’adaptation au numérique. Dans ce domaine, plus que dans tout
autre, la mutualisation des efforts me semble être une exigence
impérieuse. L’outil DATALIB, par exemple, qui permet à ses adhérents
d’ajuster leurs assortiments de manière fine et d’effectuer une veille
démultipliée sur les évolutions du marché, me semble devoir être pris en
exemple et soutenu.

Je crois qu’il n’y a pas d’alternative au développement d’un portail commun
de la librairie indépendante sur l’internet, tant pour la vente en ligne de
livres imprimés que pour prendre une place dans le marché numérique
naissant. Ce projet économique, incarné aujourd’hui à travers le portail
« 1001 libraire. Com » correspond à une ambition politique essentielle.

C’est pourquoi l’Etat vous soutiendra comme il l’a déjà fait, via le CNL et
comme il a proposé de le faire en proposant d’inscrire ce projet au nombre
des investissements d’avenir.

Dans le cadre d’un plan d’action en faveur de la diffusion du livre, les
éditeurs doivent avoir leur part. Je l’ai dit, l’intérêt bien compris de toute la
filière est de préserver le réseau exemplaire de points de ventes
indépendants qui quadrille notre territoire.

Sans ce réseau, fatalement, les ventes se concentreront sur un nombre
réduit de titres, le risque éditorial deviendra de plus en plus difficile à
prendre et, à terme, la production s’appauvrira.

La loi du 10 août 1981 donne un grand pouvoir à l’éditeur : c’est lui qui fixe
le prix de vente au détail du livre. Dans ce cadre, le détaillant, pour sa
rémunération, dépend entièrement et strictement de la remise que lui
consentent les diffuseurs. Cette loi, je l’ai dit, est une bonne loi. En effet,
elle prévoit également, en contrepartie de ce grand pouvoir donné à
l’éditeur, que le travail qualitatif du libraire doit être majoritairement pris en
compte pour établir sa remise.

Aujourd’hui, l’étude du cabinet XERFI le montre, les coûts de ce travail
qualitatif augmentent dangereusement, que ce soit à travers les frais de
personnel, qui permettent d’assurer un bon service de conseil, ou à travers
les charges immobilières, indispensables à l’implantation des librairies
indépendantes comme commerces de centre ville, à même de permettre
d’assurer au mieux la diffusion du livre envers un public varié.

En regard, la marge commerciale stagne. Les remises commerciales ne
prennent pas en compte ce renchérissement du service qualitatif, alors
même que la logique de la loi de 1981 devrait les y amener.

Des orientations claires pourraient donc être données aujourd’hui par les
éditeurs à leurs prestataires de diffusion pour réajuster les politiques
commerciales dans un sens plus conforme à l’esprit de la loi. Je le répète,
cette démarche est conforme à l’intérêt bien compris de toute la filière. Le
fragile écosystème de la création et de la diffusion ne doit pas être mis en
danger pour satisfaire des objectifs de rentabilité de court terme propres à
tel ou tel segment de la chaîne du livre.

Soyez également assurés de ma détermination à faire en sorte que les
pouvoirs publics prennent leur part de responsabilité dans le soutien à la
librairie indépendante.

Les professionnels de votre secteur disent souvent que le livre est la
première des industries culturelles par son volume d’affaire, mais qu’elle
est également la moins aidée par les pouvoirs publics ; et, qu’elle serait
peut-être la moins aimée, tant il est vrai que l’intérêt de l’Etat se manifeste
en général par le volume des crédits qu’il affecte à telle de ses priorités.

Une telle conception pourrait être admise si l’on s’en tenait à la seule
observation des aides publiques allouées à la librairie.

Ainsi, pour 2010, le soutien direct de l’Etat à la librairie française peut être
estimé à 3,5 millions d’euros. Le Ministère de la culture lui-même a
dépensé 1 million, via ses DRAC, et le CNL a alloué 2,5 millions à cet
objectif. Les aides du CNL sont en forte progression ces dernières années,
notamment du fait de la mise en place de l’aide à la valorisation des fonds
de librairies ou VAL, pour un montant d’un peu plus de 800 000 euros.

Mais le livre bénéficie également d’une bienveillance à toute épreuve de la
part des autorités politiques de notre pays. C’est ainsi, notamment, que les
lois votées en faveur de ce secteur le sont très souvent, sinon toujours, à
l’unanimité du Parlement. J’ai pu m’en rendre compte, peu après mon
arrivée à la tête du ministère, lorsque nous avons débattu de l’exemption,
pour le livre, de la réduction des délais de paiement prévue par la loi de
modernisation de l’économie (LME). Le livre est désormais le seul et
unique secteur économique à être exempté de la réduction des délais de
paiement. C’est un résultat dont, je l’espère, chacun ici peut mesurer le
caractère exceptionnel.

De la même manière, la loi sur le prix unique du livre numérique devrait
être votée à l’unanimité malgré le débat nourri auquel elle aura donné lieu.

Je rappellerai également que le principal soutien financier au livre et,
notamment, à la librairie ne passe pas par les aides directes mais par la
dépense fiscale, en raison de l’application du taux de TVA réduit au livre
imprimé qui représente un effort d’environ 500 millions d’euros pour les
finances publiques. C’est là un effort considérable qui doit bénéficier d’un
soutien indéfectible.

En effet, la TVA réduite permet au livre de continuer à être vendu à un prix
très raisonnable puisque, depuis plusieurs décennies, la hausse du prix du
livre est inférieure à l’inflation. Prix unique et prix attractif sont deux piliers
indissociables de notre vision de l’économie du livre.

Dans un contexte où les charges de la librairie augmentent, la sagesse
avec laquelle évolue le prix du livre constitue sans doute une difficulté.

Beaucoup d’autres commerces de qualité, pour se maintenir en centre
ville, n’ont pas hésité à augmenter leurs prix très sensiblement ; les
consommateurs le savent.
Cette difficulté, je l’ai dit, nous devons l’assumer collectivement. Le
gouvernement et le Parlement, de leur côté, on soutenu l’extension du taux
réduit au livre numérique, car le niveau de prix, sur ce marché, sera un
déterminant essentiel de la rémunération de la filière mais aussi du
comportement du public, qui doit rester notre ligne d’horizon.

Cette mesure devrait s’appliquer au 1er janvier prochain. Chacun sait
qu’elle n’est pas, en l’état, conforme au droit fiscal communautaire. C’est
pourquoi Jacques Toubon a été chargé par le président de la République
de poursuivre, sur ce sujet, une vaste mission de conviction des Etats
membres et de la Commission européenne. Il s’agit d’un travail de
persuasion difficile mais dont les premiers résultats sont très
encourageants.

Dans le contexte difficile et incertain que nous connaissons, la contribution
des pouvoirs publics doit emprunter deux voies complémentaires.
Il convient tout d’abord d’élargir le cadre de régulation de l’économie du
livre.

C’est bien entendu l’objet de la proposition de loi sur le prix unique du livre
numérique.

Demain 17 mai, 30 ans après la loi Lang, la loi sur le prix du livre
numérique sera définitivement adoptée au Parlement, 15 mois après que
le Président de la République en a lancé l’idée.

J’ai été d’emblée partisan de sa disposition la plus discutée, à savoir son
application aux détaillants établis hors de notre territoire lorsqu’ils
commercialisent des livres numériques auprès de lecteurs français. Je me
félicite que députés et sénateurs, menés par Hervé Gaymard et Jacques
Legendre, aient pu converger sur un texte qui me paraît désormais très
équilibré.

Cette initiative lancée conjointement par le Gouvernement et par le
Parlement a subi de nombreuses critiques, souvent lancées sur le mode
de la dérision. L’idée d’une régulation du prix du livre à l’ère numérique
aurait été irréaliste et aurait manifesté, une fois de plus, l’ignorance des
autorités de ce pays en matière de fonctionnement des réseaux
numériques.

Je constate avec une grande satisfaction qu’en un an, les termes du débat
se sont déplacés et que cette loi est désormais regardée avec intérêt par
ceux là même qui en contestaient le principe. Et la France n’a pas à rougir
de faire, une nouvelle fois, figure d’éclaireur en ce domaine.

Mais ne nous méprenons pas : tout commence désormais.

Tout commence pour le Ministre de la culture que je suis, car nous savons
que cette loi n’est pas regardée avec bienveillance par la Commission de
Bruxelles.

Aujourd’hui même, le Gouvernement français communique sa réponse aux
deux avis très réservés que la Commission nous a adressés sur notre
texte. L’enjeu n’est pas mince mais nos arguments sont extrêmement
solides. Nous démontrons dans cette réponse qu’un système de prix fixe
est le meilleur garant de la rémunération de la création et de la diversité
éditoriale pour le livre numérique comme il l’a été pour le livre imprimé.

Nous y soulignons la nécessité de maintenir un certain niveau de prix de
vente pour que la création se rémunère correctement, ce qu’un tarif
uniforme de 9,99 ne permet pas. Nous démontrons, € enfin, la nécessaire
complémentarité des réseaux de librairies physiques et des réseaux
numériques pour atteindre cet objectif de diversité éditoriale, là où la
Commission prétend qu’un pur acteur de l’internet peut, seul, y suffire.

Nous devrons parallèlement gagner des partenaires dans ce combat, je
pense notamment à l’Espagne, l’Allemange ou aux Pays-Bas, qui
paraissent partager nos vues. Il faudra convaincre le Parlement européen,
traditionnellement plus sensible que la Commission aux questions
culturelles, d’inscrire le prix du livre numérique à son agenda.

J’ai d’ores et déjà commencé ce travail de persuasion et je suis
raisonnablement optimiste sur notre capacité à réunir un groupe d’États
favorables à la régulation du prix du livre dans l’univers numérique.

Tout commence également pour les professionnels de la filière que vous
êtes, éditeurs mais surtout libraires indépendants.

Je me doute bien que pour beaucoup d’entre vous, dans cette salle, le
numérique demeure un horizon très lointain. Et il est vrai que la vente de
livres numériques est aujourd’hui pratiquement inexistante pour la majorité
des acteurs de la filière. Nous savons néanmoins qu’elle peut être
rémunératrice pour ceux qui la pratiquent d’ores et déjà. Nous savons
surtout qu’à New York, depuis le mois de janvier de cette année, les
ventes de livres numériques ont dépassé les ventes de livres de poche.

L’Amérique, certes, demeure un Nouveau Monde en la matière. L’Europe
connaîtra sans doute des évolutions moins rapides. Toutefois, je ne
saurais trop engager votre profession à les anticiper dès à présent, avec
tout le sérieux nécessaire.

La loi sur le prix unique délimite un cadre adapté à cet égard. Les années
qui viennent seront cruciales pour permettre à la filière du livre de
s’organiser, afin que le numérique, dans un souci de diversité culturelle,
bénéficie tous les acteurs et pas seulement aux plus grands.

Deux ans : ce n’est pas trop long pour que, notamment, la plateforme
1001libraires.com puisse se mettre situation de devenir un véritable acteur
de la vente de livres numérique.

Nous devons également veiller à affermir la régulation existante, qui a fait
ses preuves.

Je pense en premier lieu à la responsabilité particulière qu’ont les pouvoirs
publics en leur qualité d’acheteurs de livres.

La loi sur le prix unique a été étendue aux achats des collectivités
publiques en 2003. Les rabais pratiqués ont été limités pour que les
librairies indépendantes puissent reprendre pied sur ce segment d’activité,
qu’elles avaient laissé aux grossistes. Depuis lors, le prix n’est plus un
critère déterminant pour l’attribution des marchés.

Les ventes aux collectivités représentent une part importante des ventes
des librairies : 18% en moyenne, mais ce chiffre peut atteindre jusqu’à 50%
pour les librairies spécialisées (jeunesse, BD). Une étude d’évaluation de
la loi de 2003 conduite en 2010 par le Ministère de la culture avec l’aide de
plusieurs Régions, montre que les librairies indépendantes représentent
plus des 2/3 des achats de livres des bibliothèques, un chiffre plus élevé
qu’il ne l’était avant le plafonnement des rabais.

Néanmoins, du fait des réformes du Code des marchés publics, on assiste
depuis 2005 à un mouvement de reconcentration de ces marchés au profit
de quelques très grandes librairies et au détriment des librairies locales.

J’ai donc demandé à mes services de conduire avec les Régions, tout au
long de l’année, des actions d’information destinées à donner aux
acheteurs publics toutes les clés, dans le respect du cadre légal, pour
permettre aux acteurs locaux de soumissionner dans les meilleures
conditions. Un vade mecum des appels d’offres en matière d’achat de
livres à destination des bibliothèques sera également diffusé cette année.
2011 est une année test en matière de marchés publics, car il s’agit d’une
année de renouvellement des appels d’offre pour les bibliothèques
territoriales et universitaires.

Je pense que ces travaux pourront être poursuivis par l’engagement de
réflexions avec les collectivités territoriales, notamment les Régions, sur le
rôle joués par les libraires indépendants dans la fourniture de manuels
scolaires aux familles. Il s’agit d’un dossier sensible en raison des modèles
de gratuité complète mis en oeuvre par de nombreuses collectivités – et
non des moindres -, mais il me semble que des discussions pourraient
opportunément être ouvertes à ce sujet.

Je ne voudrais pas que l’on se méprenne sur ces actions. Il est naturel que
certains libraires indépendants sachent, mieux que d’autres, tirer profit des
commandes publiques et sachent s’organiser de manière à avoir une
activité nationale dans ce domaine, au détriment, sans doute, de certains
acteurs locaux. Les pouvoirs publics ne sauraient remettre en cause ce
dynamisme. Il s’agit, en revanche, d’éviter que ne se forme des
déséquilibres trop importants qui, eux, seraient néfastes à l’ensemble de la
librairie indépendante.

Parce qu’elle déplace les équilibres subtils établis entre les acteurs des
filières économiques, la révolution numérique fait naître, dans beaucoup
des secteurs relevant de mon ministère, un besoin nouveau d’intervention,
voire de médiation, de l’Etat.

Si la loi de 1981 a produit des effets incontestablement positifs, son
application peut soulever des difficultés ou entraîner des contournements,
notamment sur Internet. Je pense à plusieurs exemples tels que le
marquage des prix, la dilution de la perception du prix unique sur Internet,
les ventes avec primes ou réservées par exclusivité à certains circuits, la
contestation du champ d’application de la loi de 1981 par certains
opérateurs situés aux marges de l’économie du livre – par exemple pour
les partitions musicales. À terme, ces difficultés, ces contournements sont
de nature à fragiliser la loi Lang. Et qui peut dire, aujourd’hui, comment la
nouvelle loi sur le prix du livre numérique sera mise en oeuvre ?

J’observe cependant qu’aucune autorité, au sein de l’Etat, n’assure la
police de ces dispositifs, pas plus la direction générale de la concurrence,
qui s’y refuse, que le ministère de la Culture, dont ce n’est pas la vocation.

Face à cette situation, les contentieux ne constituent pas toujours la
meilleure réponse – notamment parce que leur résolution requiert plusieurs
années, mais aussi parce qu’ils attisent les clivages alors que des
solutions à l’amiable pourraient parfois les éviter.

La médiation des pouvoirs publics, qui a été assumée avec succès pour
certaines industries culturelles, comme le cinéma, n’est pas une idée
neuve dans la filière du livre. Je pense à la mission Cahart consacrée à la
moralisation de l’office et aux remises qualitatives, au début des années
1990, ou encore à réflexion déjà ancienne qui avait donné lieu en 2003 à la
remise, par Francis Lamy, médiateur du cinéma, d’un rapport ad hoc au
Ministre de la culture.

La médiation ne peut pas avoir pour fonction de se substituer au jeu
normal de la relation commerciale entre éditeurs et diffuseurs, cela a
toujours été clair dans mon esprit et le rapport remis par Antoine Gallimard
en 2007 sur la librairie indépendante l’a rappelé.

De ce point de vue, je salue les initiatives commerciales que le groupe
Hachette vient d’annoncer pour améliorer la rentabilité des librairies
bénéficiaires du label « librairies de référence ». Le fait que ce groupe, qui
occupe une place déterminante au sein de la chaîne du livre, s’engage sur
cette voie constitue un signe très fort de responsabilité pour tous les autres
acteurs.

En dépit de la primauté donnée à la relation commerciale, la médiation
peut néanmoins jouer un rôle bénéfique. Sans avoir de plan préconçu, je
souhaiterais donc qu’une discussion puisse être réactivée dans ce sens
avec l’interprofession.

Parallèlement à ces efforts en vue d’élargir et d’affermir notre cadre de
régulation, il convient d’approfondir nos dispositifs de soutien.

Je pense en tout premier lieu au label « librairie indépendante de
référence ». J’ai attribué pour la première fois ce label peu après mon
arrivée au Ministère de la culture, en août 2009. Près de 500 libraires sont
aujourd’hui concernés : ils forment comme le fer de lance de la politique de
diversité et de qualité que nous poursuivons.

D’emblée cependant, j’ai appelé de mes voeux une réforme du dispositif,
afin d’inclure des librairies de très haute qualité, dont le travail est reconnu,
mais que les critères très stricts du dispositif pénalisaient.

C’est chose faire désormais, le Conseil d’Etat étant actuellement saisi du
projet de décret relatif à l’extension des critères du label. Je ne peux que
vous inciter, vous libraires, à faire vivre le label et à l’assumer pleinement,
pour en faire un cadre de développement et de renforcement de votre
profession.
En ce qui concerne les pouvoirs publics, je proposerai à mes collègues du
gouvernement de conduire la réflexion destinée à approfondir le dispositif
dans deux directions complémentaires.

Le Label donne la possibilité aux librairies d’être exemptées de taxes
économiques locales. On ne sait pas à ce stade si les collectivités ont ou
non voté en nombre des mesures d’exemption, l’année 2009 ayant été une
année de réforme de la taxe professionnelle. En cas de réticence des
collectivités, il serait logique de réactiver l’idée originelle d’une
compensation, sinon totale et automatique comme dans le cas du label
« art et essai » pour les salles de cinéma, du moins partielle, des
exonérations octroyées par les collectivités territoriales. On pourrait penser
à une aide de l’Etat à la collectivité à hauteur de 50% du coût de
l’exemption, de manière à faire du label un dispositif d’aide partagé.

Je souhaite également relancer l’idée d’une exemption de charges sociales
pour les librairies bénéficiaires du label. Cette piste suggérée par le rapport
rendu par Antoine Gallimard sur la librairie, en 2007, me semble
particulièrement pertinente au regard du coût sensiblement plus élevé du
travail en librairie et de l’importance des emplois culturels créés par le
secteur.

Je souhaiterais, enfin, engager une politique volontariste de
contractualisation avec les Régions pour renforcer et donner de la
cohérence aux aides attribuées à la filière du livre.

La diversité culturelle et éditoriale, l’exigence de qualité sont des objectifs
essentiels de la politique portée par l’Etat. Ils sont au coeur de l’action du
Centre national du livre et constituent le critère déterminant à l’aune duquel
ses différentes commissions proposent d’attribuer les aides.

Pour autant, il serait dangereux, aujourd’hui, d’oublier l’une des finalités de
la loi du 10 août 1981, qui fut et qui doit rester une loi d’aménagement
culturel et économique du territoire. Cette visée est particulièrement
importante au moment où l’étude XERFI montre clairement que les
librairies menacées ne sont pas celles du premier niveau – celles, pour
simplifier, bénéficiaires ou susceptible de bénéficier du label LIR. Celles-ci
tirent plutôt bien leur épingle du jeu, car une politique de qualité finit
toujours par payer.

Les librairies qui souffriront le plus sont celles des villes petites et
moyennes, constitutives essentiellement du second niveau ou des réseaux
moins structurés. Ces librairies sont elles aussi appelées à se réinventer,
en se diversifiant, en développant leur rôle animateur culturel, en
approfondissant tout ce qui fonde l’attachement du public à sa librairie, la
proximité, le plaisir de l’échange et de la transmission, le sentiment
d’appartenance à une communauté intellectuelle ou culturelle.

Alors que des métamorphoses importantes doivent être engagées, ces
milliers de points de vente, essentiels à nos villes, sont peu touchés par les
aides du CNL qui bénéficient à des structures relativement importantes,
situées dans des villes de grande taille. Quant aux aidées dispensées par
les DRAC, celles-ci ne suivent pas de lignes directrices clairement définies
et cohérentes au point de vue national. Enfin les Régions ne proposent
que très peu d’aides à l’économie du livre, alors même qu’elles ont une
grande responsabilité dans l’aménagement culturel du territoire.

Les libraires des villes petites et moyennes doivent donc bénéficier de
formes de soutien plus adaptées, que nous pouvons construire avec les
Régions, dans le cadre des « contrats de progrès » bénéficiant à certaines
filières économiques.

Les contrats de progrès sont des dispositifs mis en place par les Régions,
avec le soutien de l’Etat : il s’agit d’établir un diagnostic sur certaines
filières économiques et de construire des plans de soutien, généralement
sur trois années. Alors que la culture a jusqu’à présent été largement
ignorée par ce type de réflexion, la signature de contrats de progrès en
matière de diffusion du livre nous permettra d’inciter les Régions à
intervenir sur ces secteurs et de rationaliser les aides de l’Etat en les
orientant en fonction d’un objectif d’aménagement culturel et économique
du territoire. J’ajoute sur ce thème que je souhaite proposer au
gouvernement la relance du FISAC, ce fonds de soutien aux commerces
de biens culturels, afin de renforcer les dispositifs d’aides à la
modernisation des petites libraires.

Quels que soient leurs avantages et leur commodité, les sites de vente en
ligne ne permettront jamais aussi efficacement à la création nouvelle de
rencontrer son public que ne le font les hommes et les femmes qui, chaque
jour, dialoguent avec les lecteurs dans les librairies, jusqu’à se reconnaître
dans la belle expression de « passeurs de livres ». Dans un monde sans
libraires, réduit à quelques grands supermarchés numériques, qui
découvrira, qui fera partager les Julien Gracq de demain ? Soyez donc
assurés une nouvelle fois de ma détermination à vous accompagner aux
côtés des autres acteurs de la chaînes du livre, pour penser et construire
ensemble l’avenir de la librairie.

Je vous remercie.

La littérature jeunesse : une invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons en mal de chiffre d’affaires ?

 

Par François Busnel, publié le 24/11/2010 (lexpress.fr)

Lisez jeunesse !

Je dois l’avouer, je n’ai jamais cru aux vertus de ce que le monde de l’édition appelle la “littérature jeunesse”. Sans doute est-ce une tare, mais ce “secteur” m’est toujours apparu comme une invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons en mal de chiffre d’affaires. Je n’en accable ni les éditeurs ni les lecteurs, mais ma propre incapacité de me plonger avec délice dans des versions expurgées de chefs-d’oeuvre dits “classiques” ou des resucées plus ou moins niaises de textes que l’on gagnerait à faire lire dans leur version originale. Qui décide qu’un roman doit être lu “à partir de 8 ans”, “10 ans”, “12 ans” ? Absurde coutume, qui contribue à lisser la curiosité – et à l’éteindre ! Pour le dire autrement, il faut donner aux jeunes des lectures qui ne sont pas de leur âge. Jack London, Robert Louis Stevenson, Jules Verne, Alexandre Dumas, Homère ou Tolkien, mais aussi Balzac, Stendhal, Maupassant, Simenon ou Graham Greene ne sont pas de si mauvais maîtres… Ajoutons Frédéric Dard, Rabelais et quelques autres factieux.

Il y a, bien sûr, des exceptions. En voici une. Danièle Sallenave vient de publier un petit livre que tout parent devrait offrir à ses enfants. Elle y explique, avec finesse et humour, pourquoi on écrit des romans… Anne écrit (à la main). Ses neveux, 6, 9 et 16 ans, font irruption dans la pièce et la bombardent de questions : Pourquoi écrit-on ? A quoi sert une histoire ? Comment sait-on qu’elle est réussie ? L’inspiration remplace-t-elle le travail ? Un roman dit-il la vérité ? Qu’est-ce qu’un personnage ? Un écrivain est-il simplement un auteur ? Quel est le rôle d’un poète ? Faut-il se servir de soi-même pour écrire ? Et la grammaire, dans tout cela ? Autant de questions que feraient bien de se poser certaines grandes personnes lorsqu’elles se piquent d’écrire un roman… Danièle Sallenave communique avec bonheur son plaisir de lectrice et d’écrivain. Iconoclaste, elle détricote les idées reçues en citant quelques illustres complices. Ainsi Maxime du Camp rappelant que son ami Flaubert “disait que le style et la grammaire sont choses différentes ; il citait les plus grands écrivains qui presque tous ont été incorrects, et faisait remarquer que nul grammairien n’a jamais su écrire”. Revigorant!

Par Valérie Zenatti , publié le 10/12/2010 (mediapart.fr)

Lisez de la littérature jeunesse François Busnel !

Cher François Busnel,

La littérature jeunesse, estimez-vous dans l’une de vos chroniques, vous apparaît comme « une invention marketing destinée à écouler une production souvent mièvre et à soutenir des maisons d’édition en mal de chiffre d’affaire. » Face à une telle affirmation venant de l’un des acteurs les plus importants de la vie littéraire dans les média, nous sommes nombreux à osciller entre l’irritation et l’envie de vous inviter à boire un verre (mais certainement pas un chocolat, invention marketing destinée à attirer une clientèle mièvre dans les cafés en mal de chiffre d’affaire) pour vous éclairer. A la réflexion, cette deuxième option sera la mienne, partant du principe que l’ignorance est dans bon nombre de cas, et dans le vôtre je l’espère, chose réversible.

Plusieurs postulats trahissant votre méconnaissance en la matière émanent de votre chronique. La littérature jeunesse ne serait constituée que de classiques abrégés et de « rescucées plus ou moins niaises de textes que l’on ganerait à faire lire dans leur version original ». Et d’ajouter que nos chers enfants devraient lire « des lectures qui ne sont pas de leur âge » (sic !) telles London, Verne, Stevenson, Dumas, Maupassant, Simenon, etc…

A ce stade, je me permettrais de vous poser quelques questions : pourquoi faites-vous le métier que vous faites ? Pourquoi lisez-vous et chroniquez-vous chaque semaine de la littérature contemporaine écrite par des écrivains vivants et destinés à des adultes ? Pourquoi ne vous contentez-vous pas de relire Racine et Maupassant et d’inviter vos lecteurs à en faire de même? Au nom des quoi les enfants et adolescents devraient-ils être privés du regard et de la voix d’auteurs contemporains tandis que leurs aînés y ont droit ? Pourquoi, tant que vous y êtes, ne pas arrêter la création en BD et se contenter d’Astérix et de Tintin ? (Adieu Johann Sfar, adieu Marjane Satrapi, adieu Riad Satouf, adieu tous vos camarades. N’essayez pas de raconter le monde, Hergé et Goscinny l’ont fait avant vous.) Pourquoi continuer à écrire des polars et ne pas simplement relire Agatha Christie ? Et enfin, parmi les livres « pour adultes » que vous recevez chaque semaine, combien de grands livres ? Et combien de livres édités avec l’imprimatur des services marketing de telle ou telle maison en mal de chiffre d’affaire?

Soulignons que votre opinion sur la littérature jeunesse en général figure en ouverture d’une chronique élogieuse consacrée à un livre de Danièle Sallenave, contre-exemple selon vous de cette pseudo-littérature indigeste qui encombre les rayons des libraires et les esprits si mal nourris de nos jeunes. Soit. Mais pourquoi alors ne pas commencer chacune de vos chroniques sur Philip Roth ou James Ellroy par « parmi les nombreux livres creux, prétentieux, inintéressants et stupides qui se publient chaque semaine, j’ai choisi de vous parler de celui-ci, qui ne leur ressemble pas » ?

La littérature dite « jeunesse » est un espace de création où des écrivains (et parfois des « faiseurs », mais ni plus ni moins qu’ailleurs) interrogent la perception si singulière que les enfants et les adolescents ont de la vie et du monde, en s’adressant à leur intelligence et à leur sensibilité, à leur humour -qui fait défaut à tant d’adultes-, et à leur curiosité. Avec les mêmes outils que les autres écrivains et poètes (les mots, simplement les mots, sans sucre, sans guimauve, sans petits nœuds roses) ils s’emparent des sujets éternels que sont l’amour, la mort, la guerre, l’amitié, l’ambition, la trahison, la perte, le rêve, pour tenter d’en cerner les contours avec une voix qui cherche à retrouver l’intensité des premiers regards, des premières émotions et du « temps perdu ». Nier cela, c’est nier aux enfants et aux adolescents la place et le respect qui leur reviennent, auxquels ils ont tout autant droit que vous ou moi. Quelle différence alors avec les auteurs « pour adultes » ? pourriez-vous rétorquer. Eh bien, la même que celle qui existe entre une sonate, un concerto et un opéra : jamais qualitative, toujours formelle.

Comme un certain nombre de mes camarades, j’écris des livres pour la jeunesse, pour adultes, des traductions et des scénarios. Je n’établis et n’établirai jamais de hiérarchie entre ces genres, ou ces formes, qui me permettent d’explorer différentes facettes d’un même matériau que l’on nomme la « réalité ». Et si à ce stade vous décidez d’allez prendre un verre avec Oates, Christophe Honoré, David Grossman, Claude Ponti, Ahmed Kalouaz ou le fantôme de ce cher Lewis Caroll, qui vous murmurera peut-être, (autour d’un excellent scotch), combien il est dommage de ne pas savoir saisir la fiole sur laquelle il est écrit “Buvez-moi”…

Bien à vous,
Valérie Zenatti

Livre numérique : le bon accord reste à trouver

LEMONDE | Article paru dans l’édition du 20.10.10 |

Le livre numérique est devenu une réalité. Le marché, certes encore balbutiant, tend à se structurer grâce aux investissements et aux expérimentations d’auteurs, d’éditeurs, de bibliothécaires et de libraires. Ceux-ci sont tout autant convaincus de l’avenir de leur métier traditionnel que de la nécessité de participer au développement du numérique, afin de le mettre au service de la diversité de la création et de la lecture ouverte au plus grand nombre. Parce que le numérique peut produire le meilleur comme le pire, cette ambition, pour devenir réalité, requiert également des actes politiques audacieux et rapides.

Une première et exemplaire démonstration. Elle concerne le prix unique du livre numérique. Editeurs, libraires, auteurs et bibliothécaires saluent et soutiennent l’initiative des sénateurs UMP Jacques Legendre et Catherine Dumas, partageant cette conviction qu’un marché numérique non régulé est une “pente glissante” sur laquelle on ne saurait engager sans risque la création et la diffusion des oeuvres de l’esprit.

Quel est au juste l’enjeu de cette régulation ? Et dans quel contexte s’inscrit-elle ? La proposition de loi allie simplicité et souplesse, deux qualités cardinales dans l’univers numérique. A l’image de la loi Lang de 1981 sur le livre imprimé, elle confère à l’éditeur la maîtrise du prix de vente des livres numériques et établit que le prix ainsi fixé s’impose à tous les revendeurs. Elle ferme ainsi la porte aux politiques de dumping qui ont, sinon pour intention, du moins pour effet d’exclure du marché les acteurs les plus faibles, en dépossédant les éditeurs de leur propre politique commerciale et les ayants droit de leur juste rémunération.

Mais cette proposition de loi n’est pas la copie carbone de la loi Lang. Conformément aux préconisations des rapports et avis qui l’ont précédée, elle repose sur une définition du livre numérique restreinte (imprimé ou imprimable, sauf éléments accessoires à l’oeuvre principale), excluant des produits multimédias trop hybrides et, à ce jour, trop peu développés pour être, d’ores et déjà, désignés avec certitude comme des livres.

Elle exclut de son champ les offres destinées aux usages collectifs et professionnels, dont la composition et les pratiques associées sont trop complexes pour se plier à un tel cadre. Elle conçoit par ailleurs que la tarification des offres autour d’une même oeuvre puisse être modulable, selon les fonctionnalités de lecture ou le type d’accès que l’éditeur rend possibles au consommateur final. Enfin, la proposition de loi envisage que la fixation des conditions commerciales entre éditeurs et libraires puisse dépendre de critères qualitatifs, comme c’est le cas pour le livre imprimé.

Notre conviction est que cette loi donnera un coup d’accélérateur au marché du livre numérique en France. Chacun disposera désormais des garanties nécessaires pour se lancer dans l’aventure : les auteurs, bénéficiant d’une assiette de rémunération stable et claire ; les libraires, de nouveau maîtres de leur activité promotionnelle et de leur clientèle ; les éditeurs, assurés de la préservation de la chaîne de valeur propre à l’exercice de leur métier. Et les lecteurs, bien sûr, auxquels est ainsi promis le maintien de la diversité de l’offre éditoriale et de la pluralité de sa diffusion, en librairie et en bibliothèques, tant en version imprimée que numérique. Comme en 1981, il s’agit de maintenir un écosystème éditorial à la mesure des ambitions culturelles d’une grande nation démocratique.

Mais ce dispositif ne donnera son plein “rendement” que lorsque deux autres grands dossiers relatifs au livre numérique auront trouvé leur issue. Le premier bénéficiera immédiatement au consommateur. Il s’agit du taux de TVA applicable qui, pour d’obscures raisons fiscales, est établi à 19,6 % pour les livres numériques, contre 5,5 % pour les oeuvres imprimées. Sur chaque livre numérique vendu, la part revenant à l’Etat est donc sensiblement plus élevée que sur la vente d’une même oeuvre dans sa version imprimée…

On ne voit guère de justification à cela quand il s’agit d’aider à la circulation des oeuvres de l’esprit. La situation est d’autant plus absurde que l’Etat préleveur incite dans le même temps les éditeurs à abaisser le prix de vente TTC des livres numériques pour constituer des offres légales attractives… Il faudrait donc que les acteurs économiques se rémunèrent moins sur les ventes du livre numérique tout en en donnant plus à l’Etat, qui devient ainsi le principal bénéficiaire de l’économie réalisée par la dématérialisation des livres. La situation est pour le moins paradoxale.

Le député UMP Hervé Gaymard, auquel rien du monde des livres n’est étranger, s’est saisi du dossier et, soutenu par plusieurs parlementaires, vient de déposer une proposition de loi à l’Assemblée nationale afin d’établir un taux de TVA à 5,5 % pour le livre numérique. Si, en littérature générale, le niveau moyen de la décote entre le prix de vente TTC du livre imprimé et celui du livre numérique est aujourd’hui d’environ 20 %, il pourrait passer à environ 30 % avec une TVA à 5,5 %. Nous soutenons unanimement cette initiative législative, convaincus qu’elle constituera un véritable levier de développement sur un marché émergent.

Le dernier dossier est d’ordre patrimonial. Il s’agit de constituer, dans le prolongement du site Gallica, un portail d’exposition du trésor éditorial français, incluant les oeuvres indisponibles du XXe siècle. Sa constitution permettrait de remettre au jour ce secteur non exploité du patrimoine écrit, par le biais de sa numérisation massive, de son indexation par les moteurs de recherche et de sa remise sur le marché sous forme numérique, tant à destination des bibliothèques que par le relais des libraires en ligne.

Un tel dispositif serait exemplaire : il constituerait une réponse aux agissements illégaux de la société Google qui, avec la complicité de grandes bibliothèques américaines, a scanné sans autorisation des millions de livres sous droits. Il démontrerait qu’il n’est pas utile de remettre en cause le socle de la propriété intellectuelle pour accroître les ressources numériques en ligne. Le droit d’auteur n’est pas une entrave économique ! Le prétendre engagerait à promouvoir un financement exclusif de la création et de l’édition soit par la publicité, soit par l’Etat. On peut souhaiter meilleur avenir pour la liberté de créer et de penser !

Le risque majeur réside précisément dans l’absence de protection efficace de la propriété intellectuelle, tant pour l’auteur que pour l’éditeur auquel celui-ci a confié l’exploitation de ses droits. En vertu de quel principe priverait-on les auteurs et les éditeurs des revenus de leur travail, au prétexte qu’il est devenu numérique ? Qui, sinon l’auteur, a investi en temps de recherche, de conception, d’écriture ? Qui, sinon l’éditeur, a sélectionné, fabriqué, promu, diffusé ces oeuvres ?

Ce projet sur la numérisation des oeuvres indisponibles, très ambitieux et sans précédent, fait l’objet de discussions entre les pouvoirs publics et les représentants des éditeurs et des auteurs, sous l’impulsion du ministre de la culture, Frédéric Mitterrand. L’organisation d’une gestion collective paritaire des droits pour l’exploitation de ces oeuvres est à l’étude. Reste à définir le cadre de financement de la numérisation et de l’infrastructure technique liée à sa future exploitation. Le grand emprunt avait laissé espérer que l’Etat était enfin disposé à investir dans la numérisation de ses fonds patrimoniaux. Le fera-t-il ?

Ne laissons pas cette option politique s’éloigner, à mesure que la complexité technique et les exigences économiques du dispositif affleurent. Le bon accord reste donc à trouver, dans le meilleur délai. Il devra être l’expression des préoccupations solidaires des éditeurs, des bibliothécaires, des auteurs et des libraires ; et par là, encore une fois, des lecteurs. Editer, imprimer ou numériser afin de démocratiser l’accès à la culture, c’est toujours de cela qu’il s’agit.

Jean-Claude Bologne, Benoît Bougerol, Antoine Gallimard, Pascal Wagner


Jean-Claude Bologne, président de la Société des gens de lettres ;

 Benoît Bougerol, président du Syndicat de la librairie française ;

Antoine Gallimard, président du Syndicat national de l’édition ;

Pascal Wagner, président de l’Association des bibliothécaires de France.


Le prix du livre est UNIQUE !

“La loi du 10 août 1981 dite loi Lang d’un PRIX UNIQUE DE VENTE DU LIVRE, fixé par l’éditeur.
Cela signifie que où que vous soyez, vous paierez le livre le même prix.
La différence entre les points de vente sera donc qualificatif: le choix et le conseil.
Ce sont les deux aspects que cherchent à maintenir le réseau des librairies Sorcières.
L’objectif du prix unique est de maintenir la richesse et la diversité de la création littéraire en garantissant sa diffusion par un réseau de librairies indépendantes à la fois dense et de qualité.
La loi Lang est peu connue malgré ses presque 30 ans.” (source : Librairie Le Chat Pitre, 08 octobre 2010)

Signez l’appel pour le livre !

Master Sciences humaines et sociales, mention « Sciences de l’information et de la communication », option Métiers du livre

Pôle métiers du livre, UFR Sitec

11, avenue Pozzo-di-Borgo
92210 Saint-Cloud

Standard : 01 40 97 98 20

Indépendante depuis les années 1970, l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense prépare à 268 diplômes et accueille 32 000 étudiants. C’est l’une destoutes premières universités françaises européennes. Parmi les 8 Unités de Formation et de Recherche, l’UFR Systèmes Industriels et Techniques de Communication (SITEC) propose des enseignements à Ville d’Avray et à Saint-Cloud. Le Pôle universitaire de Saint-Cloud propose une formation spécifique aux métiersde l’édition, de la librairie et de la bibliothèque : le master Sciences Humaines et Sociales mention Information et Communication option Métiers du livre.

Créées en 1998, à l’Université Paris X-Nanterre, les formations Licence et Master Information-Communication, parcours Métiers du Livre en trois ans, s’adressent aux étudiants soucieux d’acquérir une connaissance approfondie des savoirs et des techniques des milieux professionnels du livre (édition, librairie, bibliothèque). C’est une formation unique en France car elle forme à trois métiers permettant ainsi aux étudiants une grande flexibilité sur le plan professionnel à moyen et à court terme.

Ce cursus prépare aux fonctions d’encadrement ou de chefs de projet dans les secteurs de l’édition, de la librairie et de la bibliothèque, en tenant compte des profondes mutations que rencontrent ces métiers, elles-mêmes induites par l’évolution des nouvelles technologies et des contraintes du management. En raison de sa spécificité, l’établissement travaille en collaboration avec les professionnels du livre et leurs institutions, afin de faire partager aux étudiants compétences et expériences.

Initiation aux trois métiers, spécialisation dans l’un d’eux, sensibilisation à l’ensemble de la chaîne du livre, ouverture sur l’Europe, forment l’identité forte des formations.

L’enseignement du master a pour objectif de permettre aux étudiants de développer les compétences suivantes :

  • Maîtriser les méthodologies de recherche et les outils épistémologiques appliqués au livre afin de le conceptualiser à travers divers ancrages disciplinaires (littérature, sociologie, histoire, esthétique, sciences du langage…) et de le penser comme objet de médiation par l’intermédiaire de différents acteurs (auteur, éditeur, libraire, bibliothécaire, lecteur).
  • Maîtriser et mettre en pratique des outils professionnels ainsi que réfléchir aux implications techniques, économiques et humaines d’un projet, afin d’acquérir les compétences nécessaires et adaptées aux besoins actuels du milieu professionnel (le monde du livre) et des métiers (édition, librairie, bibliothèque…).

Au cours du cursus, il est possible d’effectuer un semestre d’études au sein des établissements de nos partenaires :

- Université Oxford Brookes (Royaume-Uni) ;
- Université de Milan (Italie) ;
- Université de Murcia (Espagne) ;
- Université de Llujblana (Slovénie) ;
- Université de Leipzig (Allemagne).

***L’année de master 1

Elle est ouverte aux titulaires d’une Licence Sciences de l’information et de la communication, parcours Métiers du Livre. Seuls les étudiants titulaires d’une licence Parcours Métiers du Livre délivrée par l’établissement de Saint-Cloud ont accès de droit à l’année de master 1. Pour les autres, le recrutement est sélectif ; il a lieu au mois de juin et se déroule en deux temps :

- analyse et sélection des dossiers répondant aux prérequis de la formation ;
- entretien personnalisé devant un jury composé d’universitaires et de professionnels.
L’année de master 1 est centrée sur une formation à des savoir-faire spécifiques liés à l’un des trois métiers suivants : édition, bibliothèque ou librairie, que l’étudiant choisit en entrant dans la formation. Elle comprend un stage de 12 semaines, un projet tutoré et la réalisation d’un mémoire analytique de type DESS portant sur une problématique liée au métier choisi en option.

Elle a pour vocation de préparer au master 2 Métiers du Livre de Saint-Cloud,  qui offre des enseignements plus théoriques, davantage liés à la recherche autour du livre.

Voir le programme du Master 1

*** L’année de master 2

L’année de master 2 est ouverte aux seuls titulaires d’un Master 1 Sciences de l’information et de la communication, parcours Métiers du Livre. Le recrutement n’est sélectif que pour les étudiants n’ayant pas suivi l’année de master 1 à Saint-Cloud. Il est ouvert aux étudiants ayant suivi dans une autre université un master 1 lié aux métiers du livre. Il suppose les mêmes modalités de recrutement que pour l’entrée en master 1 (dossier et entretien personnalisé).
L’année de master 2 comprend un stage de 16 semaines et la réalisation d’un mémoire portant sur une problématique liée au livre ou à l’un de ses métiers. Elle offre la possibilité d’effectuer un semestre à l’étranger.

Voir le programme du Master 2

Prix unique du livre

En partenariat avec le Syndicat de la librairie française (SLF), le MOTif invite toutes les librairies franciliennes à compter du 1er décembre à couvrir leurs livres d’un bandeau rouge “Prix unique”. Un clin d’oeil en cette période aux prix littéraires mais pas seulement. Le MOTif souhaite rappeler que le prix des livres est le même dans une librairie de quartier que dans une grande surface. Défendre la librairie de proximité et la loi de 1981 sur le prix unique sont les deux objectifs de cette campagne.

***

L’objectif du prix unique est de maintenir la richesse et la diversité de la création littéraire en garantissant sa diffusion par un réseau de librairies à la fois dense et de qualité, permettant ainsi l’accès du plus grand nombre à cette création. (Centre national du livre)

Promulguée le 10 août 1981, la loi sur le prix unique du livre (dite loi ” Lang “) est entrée en vigueur le 1er janvier 1982 en instaurant le système du prix unique du livre en France : toute personne qui publie ou importe un livre est tenue de fixer pour ce livre un prix de vente au public. Quelle que soit la période de l’année, ce prix doit être respecté par tous les détaillants (grande surface spécialisée, hypermarché, maison de la presse, grossiste, librairie traditionnelle ou en ligne), qui n’ont la faculté d’accorder des rabais que s’ils sont limités à 5 % du prix déterminé par l’éditeur.

Ce régime dérogatoire au principe de libre fixation des prix est fondé sur le refus de considérer le livre comme un produit marchand banalisé, ne répondant qu’aux seules exigences de rentabilité immédiate. En effet la pratique de bradage (discount) entraîne, à long terme, une raréfaction du nombre de titres disponibles, au profit des ouvrages à “rotation rapide”, touchant un vaste public (best-sellers, guides…), au détriment des œuvres de création originale.

La loi sur le prix unique du livre poursuit ainsi un triple objectif, et doit permettre :

- l’égalité des citoyens devant le livre, qui sera vendu au même prix sur tout le territoire national;

- le maintien d’un réseau décentralisé très dense de distribution, notamment dans les zones défavorisées;

- le soutien au pluralisme dans la création et l’édition en particulier pour les ouvrages difficiles.

***

Le Syndicat national de l’édition s’est porté dès l’origine à la défense de cette loi permettant de préserver la création littéraire, et de protéger les petites librairies indépendantes contre la menace des grandes surfaces offrant une moins grande diversité d’ouvrages. (Syndicat national de l’édition)

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