La folle histoire des archives royales Uigwe
29/11/2010 Laisser un commentaire
Tout débute sous le règne de la dynastie éclairée de Joseon qui veilla sur la Corée entre 1392 et 1910. Vers 1782, le roi Jeongo décide de créer, sur l’île de Ganghwa l’oegyujanggak, une annexe à la bibliothèque royale (gyujanggak). Il y fait stocker des archives royales appelées “uigwe” qui détaillent les différents aspects de la vie royale en dépeignant notamment l’ensemble du protocole et l’étiquette des cérémonies et des activités culturelles de la cour.
À ce titre, ces documents qui n’ont pas d’équivalent à l’époque en Orient ou en Occident, constituent l’une des pièces les plus importantes du patrimoine documentaire coréen. Au total, les uigwe représentent 3895 volumes qui permettent d’observer, époque par époque, l’évolution des rites royaux avec force illustrations.
XIXe siècle : la contre expédition du contre-amiral
En 1866, la France nomme le contre-amiral Roze à la tête d’une expédition punitive contre la Corée. Il a pour ordre d’attaquer la péninsule en représailles au massacre de 9 missionnaires français, et près de 10 000 convertis coréens, sur ordre du régent, cette mesure, répondant elle-même à des faits similaires perpétrés, semble-t-il ,en 1839.
Les Français occupent rapidement la forteresse de Ganghwa, où ils dérobent 297 volumes des uigwe, avant de rencontrer la résistance des forces coréennes. À l’issue de cette expédition, le contre-amiral ramène en France les précieux ouvrages.
1975 : les retrouvailles
Il faudra attendre plus d’un siècle pour que les volumes refassent surface. Ils ont été retrouvés, archivés par erreur dans le fond chinois de la BNF, la bibliothèque nationale de France, par l’historien coréen Park Byeong-seon en 1975.
Dès lors, va s’engager entre Paris et Séoul un ping-pong diplomatique qui mettra plus de trente ans à aboutir au rapatriement des archives.
2000 : le “prêt croisé”
Depuis 1993, la Corée n’est pas restée inactive et elle n’a cessé de réclamer le retour de ses archives, tant par la voix diplomatique, que par celle d’universitaires ou de citoyens.
La France, invoquant une inscription des archives conservées à la BNF dans son propre patrimoine, argue ne plus pouvoir restituer les documents. Une initiative propose alors un “prêt croisé” qui conditionnerait le prêt permanent des uigwe contre le prêt par la Corée de documents de valeur égale. En fait, après plusieurs mois de négociations, cette solution est abandonnée.
2007 : le classement à l’UNESCO
En 2005, la Corée propose à la France d’opérer la numérisation de 30 des 296 volumes qui lui reste. Deux ans plus tard, les archives royales de la dynastie Joseon entrent au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.
La même année, François Fillon, Premier ministre de Nicolas Sarkozy, déclare à son homologue coréen en visite officielle en France que Paris est prêt à reprendre le dossier. L’espoir renaît d’aboutir enfin à une solution viable.
2009 : l’échec juridique
Les choses évoluent lentement cependant et en 2009, Munhwa Yondae, une O.N.G. sud-coréenne qui avait intenté une action en justice pour obtenir le retour des archives se voit déboutée par la justice française : le tribunal administratif de Paris confirme que les uigwe, inscrits comme “propriété” de l’État français ne peuvent faire l’objet d’une restitution.
2010 : le retour annoncé
Quelques jours avant l’arrivée en Corée du président Sarkozy, qui vient participer à Séoul au sommet du G20, on commence à reparler d’un accord entre la France et la Corée pour le retour des protocoles royaux tant attendus.
Dès son arrivée en Corée, le chef de l’État français rompt le suspense et annonce le prêt de l’ensemble des volumes possédés par la France sous forme de prêt renouvelable tous les cinq ans, le “prêt permanent” étant empêché par le caractère inaliénable des collections publiques françaises.
Après tant de difficultés, de coups d’épée dans l’eau et d’espoirs déçus, la fabuleuse histoire des archives est donc promise à un épilogue heureux. D’autant qu’en marge des négociations avec la France, la Corée a également obtenu du Japon le retour de 167 autres volumes dérobés par ailleurs.





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