L’Interculturalité vécue

Assises régionales de l’adoption
22 novembre 2009, université de Bourgogne

Colloque Enfance et famille d’adoption : « Famille : dis-moi tes différences »
Enfance et familles d'adoption

 

 

 

 

Avec la participation de :
-          Aubeline Vinay, psychologue,
-          Gaston Kelmann, écrivain,
-          Hélène Charbonnier, professeur, éditrice, vice-présidente de Racines coréennes,
-          Jean-Vital de Monléon, pédiatre, anthropologue,
-          Michel Combe, travailleur social, formateur EFA,

Et modéré par Jean-Philippe Pierron, philosophe, maître de conférence

Plaquette

Il y a deux ans, lors de mon intervention au congrès national EFA à Marseille le 17 novembre 2007, j’ai tenu des propos qui visaient à embrasser le « chemin » de ma construction identitaire d’adoptée d’origine coréenne (identification, image de soi et rapport au corps). J’ai confié de vive-voix à vos membres présents en quoi je m’attachais avec pugnacité à trouver une place dans la société, forte de ce que j’ai manqué et forte de ce que j’ai reçu, capitalisant sur ma culture que je percevais comme devant être nécessairement métissée (française et coréenne) et sur celle des autres, ou comment par exemple à travers un projet de trajectoire professionnelle sous le signe de l’interculturalité (les éditions Chan-ok), je tentais de consolider une altérité entre la société et moi (« réaménagement de liens »).

Adoptée et arrivée en Aveyron à l’âge d’un an, ma famille, a érigé les fondations de ma filiation psychique et sociale avec simplicité et amour, pudeur et respect (« nouvelle institution de filiation, lien symbolique nourricier »).

Ce moment de « maturation psycho-affective », l’adolescence, a fatalement dramatisé des questionnements sur ma filiation biologique, sur mes origines.

Alors était inéluctable l’incompréhension identitaire, liée aux conditions de l’avènement de l’individu que j’étais, avec des élucubrations autour d’une naissance insensée (être abandonné) et d’une existence inutile (être orphelin) ; inéluctable aussi la révolte contre ce « capital départ » d’infortune affective et d’incertitude (pouvoir être adoptable), s’exprimant par le rejet du pays natal dans toute son étendue culturelle (survivre à son histoire) ; inéluctable enfin l’estime de soi, affectée par une différence physique (assumer son corps) renvoyée chaque matin frontalement par le miroir de la salle de bain…

Jeune adulte, mes peurs, celle de ne pas « trouver ma place » dans la société, ou d’être abandonnée par la société, ont forgé une volonté d’agir, de créer un environnement dynamique et surtout à mon avantage, sans carence, une détermination à inventer et à produire du sens, à donner du sens, notamment par le travail. Ceci, à l’instar de ma famille, qui a toujours su accompagner discrètement mon système de représentation, en me laissant grandir « libre », en étant bienveillante et présente, pudique sur la question du rapport à l’adoptivité, en m’éduquant tout simplement. Ma famille m’a rassuré sur la « force » de ce qui s’est installée, ma culture post-adoption, la filiation de l’amour et l’amour de cette filiation, et de fait, la « valeur » ou l’« attention » que j’accorde à « ce qui n’est pas », ma filiation biologique, n’a jamais été dénigrée.

Il y a deux ans, j’avais conclu mon intervention sur le sens que j’espérais donner à ma vie, la perfectibilité de mon identité et de celle des autres. Aujourd’hui, mes nouvelles activités de vice-présidente de l’association Racines coréennes me donnent l’opportunité de réfléchir, d’assainir ma relation à l’histoire mystérieuse de ma venue au monde, d’écouter les histoires des autres, et en fait de relativiser ma propre quête d’identité biologique. En effet, celle-ci se calme grâce à un sentiment d’appartenance parmi les membres de Racines coréennes et parce-que la quête de ma stabilisation sociale m’occupe beaucoup plus désormais. Il s’agit bien, d’ épanouissement psycho-social. Ainsi, je m’interroge sur la réalité d’une intéraction entre le souhait latent de mieux connaître  mon pays d’origine, qui fait partie intégrante de mon quotidien, et la quête de mon identité biologique, qui s’est aujourd’hui atténuée. (Serait-ce le signe d’une nouvelle maturité ?) Pour autant, il convient de rassurer mes parents sur leur éventuelle appréhension à ce que le souhait de mieux connaître mon pays d’origine puisse avoir un effet de vase communicant avec mon sentiment d’appartenance à ma terre et à ma culture d’adoption. Il conviendra de distinguer dans la quête identitaire la quête biologique relative à un « patrimoine » génétique, et une quête psychique, relative à une existence « psycho-sociale ». Ma filiation biologique détermine ce que je suis mais ne corrompt pas la « force » de ma filiation psychique et sociale pour la simple raison que l’écho à mes racines se situe dans ma vie à venir, dans mon avenir. Pour Daniel Rosemblum, professeur de psychologie, « l’enfant est l’incarnation du réel ». Ainsi, lorsque ce réel est un « malgré-moi », la personne adoptée qui devient adulte n’aspire-t-elle pas à ce que cet « irreprésentable » (le génétique) ne puisse être le seul « point d’attractivité » ?

La détermination de l’individu par l’origine ne prévaut en rien si l’individu possède pas ni idéal psychique ni idéal social. Mon modèle idéal à moi est ma famille aveyronnaise…

LECTURE CONSEILLÉE

Adoption et parenté : questions actuelles

Nazir Hamad

Broché
Paru le 17/04/2008
Editions Erès
ISBN : 978-2-7492-0875-6
EAN : 9782749208756

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